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«Je me sens utile au Graap»
Lea* a témoigné de son parcours de vie dans une Assemblée régionale de La Côte. Merci à elle d'en accepter la publication.

Elle a été une enfant non désirée, ses parents avaient déjà trois enfants (le 2e décédé à l'âge de 19 mois). Ils étaient venus en Suisse dès 1958, en laissant leur fille aînée en Espagne. En 1959-60, la maman est rentrée en Espagne pour accoucher de sa 3e fille. Lea* est née en 1965, malgré que sa maman ait essayé de «faire passer» sa grossesse. Elle était leur quatrième fille.

Ils ont vécu six mois à Mont sur Rolle, puis à Rolle. Ses sœurs sont arrivées en janvier. Il n'y avait pas de salle de bains, les toilettes étaient dans l'escalier pour plusieurs appartements. Sa sœur aînée faisait à manger. À l'âge de 5 ou 6 ans, elle était déjà en pyjama, quand elle a accompagné sa cousine pour aller acheter du pain. Elle s'est fait shooter par une voiture, conduite par un médecin de Nyon. Diagnostic : un trou à la tête.

Sa grande sœur s'est mariée et elle a eu un fils, grande joie dans toute la famille. Lea* avait 7 ans. Sa sœur aînée a été sa première maman, car sa propre maman travaillait tout le jour. En 1979, elle désirait un jeans comme ses camarades d'école. Son père lui a dit : «Tu veux des jeans, tu vas travailler». Elle a fait les vendanges pendant quinze jours sous la pluie. Mais quelle joie quand elle a acheté son jeans !

Sa 2e sœur faisait des bêtises, elle vivait chez son copain et a fugué. Lea* a reçu les réprimandes à sa place. Son père voulait savoir où était sa fille et questionnait Lea* qui ne savait rien, mais il ne la croyait pas. Lea* a été engueulée, frappée, maltraitée. Elle désirait «être clown et travailler dans un cirque !». Mais ses parents lui dirent : «Tu seras coiffeuse !» Et à seize ans, elle a été obligée de faire un apprentissage de coiffeuse.

Son père a eu un accident au travail : son bras était blessé, il a été transféré à l'hôpital, avec la main presque coupée. Quand Lea* est rentrée de l'école, elle n'a trouvé personne à la maison. Sa maman rentrait à dix heures du soir. Le lendemain, après son travail, elle est allée à la Clinique de la Longeraie voir son père qui a gardé des séquelles.

Lea* a rencontré un Italien lors d'une soirée de bal et a réussi son diplôme de coiffeuse. En 1985, elle s'est mariée avec lui et était enceinte à la fin de l'année. Sa patronne l'a mise à la porte en décembre en lui disant : «C'est moche une femme enceinte dans un salon de coiffure».

En 1987, Lea* travaillait à la poste de Genève, son fils avait deux ans. Enceinte à nouveau, elle n'osait pas le dire à son chef. Il l'a convoquée dans son bureau et lui a demandé : «Vous n'avez pas quelque chose à me dire ?» Elle a répondu que oui, mais qu'elle n'osait pas lui parler. Il lui a répondu : «Frau *** (nom connu de la rédaction), vous êtes dix femmes enceintes en même temps ! Vous imaginez ce qui se passe si je mets dix femmes à la porte ? Félicitations !» Elle y a travaillé pendant quinze ans.

Puis la maladie a commencé à se manifester par des picotements dans sa tête. Dans le train, elle ne s'est pas sentie bien. Le lendemain elle a appelé un médecin de garde. Elle lui a dit : «J'ai des fourmillements dans la tête !» Le médecin lui a révélé : «Madame, vous faites une dépression. Il faudra aller voir un psychologue», c'était en novembre. La psychologue lui a demandé de parler des évènements vécus dans sa famille.

Et elle a résumé : «Il y a eu trois décès dans ma famille. Ma mère a été opérée. Ma sœur a souffert d'une méningite. Moi-même j'ai subi un avortement le 19 janvier. En ajoutant tous les trajets en train pour Genève, le travail à la Poste, et les enfants à la maison, je me sentais très fatiguée... » Chaque semaine, elle allait chez la psychologue. Ses parents la regardaient et disaient : «Voilà notre robot !»

Elle est restée six mois à la maison, puis elle a repris le travail à 25%, mais elle ne supportait plus le bruit. Elle dit «Ça ne va plus du tout. Je me sens mourir». Le médecin de la Poste l'a mise à la retraite anticipée, voilà douze ans de cela. Elle a mis beaucoup de temps à s'en remettre. Le contact avec les petits enfants que gardait sa voisine l'ont aidée à s'en sortir. Ses propres enfants allaient à l'école.

Toute la famille a passé 7 jours en Italie. Puis son mari a vécu une semaine de stage comme arbitre (de football), et une seconde avec des copains. Il l'a ensuite appelée : «Viens me chercher à l'aéroport, je reviens de Naples». Elle a senti qu'il la trompait. Elle a vérifié : il n'y avait pas de vol de retour depuis Naples ! Il avait pourtant le journal de cette ville à la main. Durant le trajet de retour, il lui a dit : «Ce soir on fait l'amour !» Elle lui a répondu : «Tu me dis la vérité : tu as été chez l'autre, en Roumanie !» Avec sa sœur, elle est allée chez les avocats de garde pour demander le divorce, car non seulement il la trompait, mais en plus il lui mentait. À mi-novembre est arrivée une lettre du juge. Les choses ont été très vite. Les enfants étaient âgés de 14 et 17 ans.

Le 6 décembre, un arrangement à l'amiable a été prononcé. Elle lui a dit : «Tu pars en vacances chez tes parents. Tu ne rentres plus ici.» Il a trouvé un appartement à Nyon. En deux semaines la Roumaine était installée chez lui à Nyon. Il a invité sa fille chez lui. Le fils s'est mis à se droguer et à consommer de l'alcool. Il a été hospitalisé à Prangins.

Le 6 juin, le divorce a été prononcé. Deux mois après, le 31 août, son ex-mari a épousé la Roumaine, enceinte, sans en avoir informé ses propres enfants. Quand ils l'ont su, ils l'ont mal pris. Lea* ne comprend pas pourquoi ni comment il a pu faire ça, alors qu'il n'était même pas divorcé en Espagne (pays d'origine de Lea*) où il figure toujours comme marié à Lea*, ce qui fait de lui un bigame. Elle a beaucoup pleuré, ainsi que ses enfants. Depuis là, elle ne lui parle plus, même pas pour lui annoncer l'accident de son fils.

La psychiatre de Lea* lui a demandé une fois «si elle ne voulait pas sortir de ses quatre murs», tellement elle avait de souffrances en elle, encore jusqu'à ce jour, dues aux mensonges subis. Le médecin lui a parlé du Graap. Lea* avait très peur. Elle a commencé à 10% pour la pâtisserie et a eu de bons contacts avec l'équipe. Peu à peu elle a augmenté son temps de présence en cuisine. Elle a fréquenté le groupe de parole où elle a raconté son histoire, des «choses qu'elle n'avait jamais dites à personne».

Un jour Lea* a été obligée de reprendre la Cafétéria ; ce fut un vrai plaisir pour elle. Elle ajoute que malheureusement pour l'atelier de Pâtes, c'est fini, La Berge l'a perdu. Il devrait être repris par un autre centre. Lea* y a beaucoup travaillé. Il y a deux ans, elle a été arrêtée pendant dix mois, à la maison, suite à une chute, à cause de son pied, ce qui fut très difficile. Elle était tombée dans la tristesse, sans rien pouvoir faire.

Elle remercie le Graap pour l'aide qu'elle a reçue de tous. Les meilleurs cours qu'elle a suivis, ce furent les six jours passés à Bex, à «l'école des chefs» de la sociocratie. Ça lui a fait beaucoup de bien. Elle ajoute : «Je me sens utile ici, et chez moi, et dans ma famille». Quand elle est à La Berge, ça lui redonne envie de vivre et de bouger ! En juillet 2013, elle a repris son travail, bien que son pied n'était pas encore au point. Mais ses angoisses reviennent de temps à autre. Elle travaille à 50% à cœur joie, car elle oublie ses problèmes et ses soucis pour ses parents. Elle a du plaisir à la cuisine, alors qu'à la maison, elle ne peut pas faire ce qu'elle fait ici.

Elle voit son médecin tous les mois, qui lui dit qu'elle n'est pas encore prête à retourner dans la société. Ici, elle peut «faire la mère et la grand-mère» ! Ses enfants (28 et 25 ans) vont très bien aujourd'hui. Grâce à Dieu, elle a de bons enfants. En plus, elle a une petite nièce de deux mois qui lui réjouit le cœur et dont elle se régale !

Propos retransmis par Jeanine Morier

*prénom d'emprunt


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