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Je suis né à Hambourg il y a 47 ans.
Petit, j'étais doué à l'école et j'ai aidé des enfants défavorisés de ma classe. À l'âge de 10 ans, mon professeur a écrit dans mon rapport que j'étais très sensible, et ça m'a fait pleurer !

Mon père, entrepreneur, pouvait être sévère mais aussi stimulant, en m'intégrant dans des activités comme la voile, le fitness ou le dessin. En 1978, j'avais alors 12 ans, mon père est décédé dans un accident d'avion en Malaisie.

Ma mère a repris l'entreprise familiale, et de ce fait, j'étais beaucoup plus libre et je me suis senti indépendant. Je voulais faire partie des jeunes branchés et j'ai commis pas mal de petits délits. J'ai commencé aussi à faire régime et depuis je suis légèrement anorexique.
À l'âge de 16 ans ma mère m'a envoyé pour une année dans un internat aux États-Unis. À mon retour, j'avais muri et j'ai passé deux belles années au gymnase.Pendant les vacances j'ai rencontré ma future épouse, Tina. Elle passait tous les week-ends à la maison et elle est devenue la meilleure amie... de ma mère.

Ma mère voulait que je me prépare à entrer dans l'entreprise et j'ai commencé par des stages dans notre atelier mécanique. Le chef m'a fait sentir qu'il me considérait comme un gamin gâté et ce premier contact avec le monde du travail a été assez démotivant. Je me suis senti abandonné et j'ai pensé pour la première fois que mon futur n'allait pas être drôle.

Après l'école j'ai fait un an de service militaire comme formateur des recrues. Ça a été difficile, mais je voulais apprendre à diriger. Ensuite, j'ai fait des études d'ingénieur et de commerce dans les universités de Munich, Berlin, Zurich et Lausanne. J'ai vécu assez bien en colocation avec beaucoup de personnes différentes. J'ai voulu tout voir avant de passer sous le joug du travail. Étudier les maths me donnait des maux de tête et j'ai commencé à me sentir fatigué. Pendant les stages je n'arrivais toujours pas à m'intégrer.

L'entreprise familiale allait moins bien à cause d'un projet d'agrandissement pharaonique. Pendant mon travail de diplôme, j'ai eu envie, pour la première fois, d'en finir avec la vie. Pourtant, dans l'ensemble, mes études ont été un succès et j'ai reçu plusieurs offres de travail.

J'ai choisi de travailler dans une Multinationale en raison de leur programme pour expatriés et de leur niveau technico-commercial. Les recruteurs sentaient que j'avais une personnalité difficile, mais ils m'ont embauché quand-même. Pendant un an, j'ai fait plusieurs stages sur 5 sites de productions différents. Les collègues, jeunes et vieux, se demandaient comment j'avais pu décrocher cet emploi d'ingénieur tellement j'avais des difficultés. Ils m'ont appelé «éléphant blanc» et traité de mauvais coucheur, et tout cela m'a fait très mal.

En été 1993, les choses se sont accélérées. Au bout de 3 mois, l'entreprise familiale a déposé le bilan (3/4 du patrimoine familial est passé à la trappe) et j'ai déménagé en Indonésie où j'ai commencé à travailler sur un grand chantier de la Multinationale. C'est à cette époque que je me suis marié avec Tina, bientôt enceinte de notre premier fils. Inutile de dire que ces événements n'ont pas réglé mes problèmes, bien au contraire.

Rapidement tous les chefs sont arrivés à la conclusion que ma performance était «marginale» (un autre mot pour dire nul). Par contre ils aimaient tous fréquenter Tina pendant que je travaillais et, ensemble, ils m'ont mis sous une pression terrible : j'ai trimé (ou plutôt bâclé mon travail) des journées entières, soirs et week-ends, mais après trois ans, j'étais au bout du rouleau et j'ai littéralement «donné mon congé à tout le monde». J'ai pris le premier avion pour Hawaï mais là-bas, je me suis senti vide et j'ai réalisé que je ne pouvais pas vivre seul. Le lendemain je suis rentré en Indonésie...

J'ai continué à travailler au même poste jusqu'à ce que la Multinationale ait trouvé un remplaçant. En 1998, je suis venu travailler au siège en Suisse. Mon salaire a été réduit et le budget du ménage s'en est ressenti. Mon épouse s'est fâchée et a insisté pour que les enfants aillent dans une école privée. Les petits garçons ont souffert de tous ces changements et l'ambiance était morose. En 2001 j'ai dû quitter le poste au siège et j'ai travaillé trois ans dans un projet de construction à Orbe. Ensuite, j'ai eu de la peine à dénicher un travail dans la région et j'ai accepté un poste commercial. Pour la première fois Tina me menaçait de divorcer et proposait que j'aille travailler seul en Russie. En sursis au travail et dans ma famille j'ai enchaîné burn-out et dépressions.

En 2005 je suis tombé sur un test de dépression dans un journal : une fois fait, tous les points étaient positifs. Je me suis confié à un médecin qui m'a tout de suite mis en arrêt de travail. J'ai commencé à consulter un psychiatre et participer au groupe d'entraide du GRAAP à Lausanne. Les médecins m'ont conseillé de me faire plaisir et de trouver un endroit où je serais bien. J'ai essayé de réaliser mon rêve de toujours : partir loin sous les voiles blanches. Je me suis acheté un catamaran en Grèce et j'ai réussi à obtenir deux mois de congé. Là-bas, j'ai préparé le bateau, l'ai mis à l'eau et hissé les voiles... je n'en pouvais plus. Avec pas mal de peine j'ai accosté dans le prochain port pour me reposer des jours entiers... j'ai compris que je n'avais plus aucune force ni pour le travail, ni pour les loisirs.

J'ai pourtant recommencé à travailler, stigmatisé par mes collègues, les clients et ma famille. Je suis devenu plus méfiant. Un an plus tard j'ai essayé d'en finir avec la vie. Je n'ai pas réussi et j'ai passé trois semaines à Nant. Pour avoir une dernière chance au travail, j'ai dû déposer une demande AI.

En 2007 nous avons dû quitter la maison louée (elle est vide depuis). Tina a profité de ce déménagement pour se séparer de moi et réclamer une pension de Frs. 7'500.- par mois. Seul dans un pays étranger, sans domicile, malade, harcelé par mon ex-femme et mon chef, j'ai décidé de quitter La Multinationale et la Suisse. Je me suis réfugié chez ma mère à Hambourg. Là, je n'ai plus eu de suivi médical, mais je pouvais m'occuper tranquillement des travaux de rénovation de la maison, de mon bateau et des autres affaires qui traînaient depuis 20 ans.

Sans signe de Tina, j'ai demandé le divorce. Après quelques batailles juridiques elle a appris par mes enfants que je fréquentais une dame à Hambourg. Aussitôt elle est redevenue très charmante et j'y ai cru. Content de revoir mes enfants, je suis retourné en Suisse, «les deuxièmes noces» n'ont pas duré très longtemps... j'ai retiré ma demande de divorce, mais Tina a refusé la signature attestant que nous vivions de nouveau ensemble. Depuis je suis sous-locataire de Tina...

J'ai cherché un travail mais je n'ai rien trouvé dans le canton. En 2012 j'ai travaillé quelques mois en Angleterre sur un chantier de la Multinationale. Je me réjouissais d'exercer à nouveau ma profession et de rencontrer les collègues, mais je ne suis pas arrivé à gérer le stress et les voyages et je me suis arrêté avant de sombrer trop profondément.

Depuis bientôt une année, je passe 4 jours par semaine au CTJ (Centre Thérapeutique de Jour) à Clarens. J'aime l'ambiance et la cuisine, je me sens moins seul et parle avec les gens qui ont des problèmes similaires. À la maison la situation reste tendue, Tina m'en veut et je me cache souvent dans la cave pour éviter les conflits.

Mes rêves et objectifs :

  • moins souffrir de l'exclusion (dans la famille et ailleurs) et de l'angoisse d'être seul ;
  • trouver une occupation (manuelle/bricolage ou intellectuelle/retrouver l'énergie)
  • adhérer à un projet de logement participatif et collectif ;
  • trouver un groupe thérapeutique de dialectique comportementale.

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