Festival de film
Festival de film
Festival de Film Santé Mentale et Prison
Bienvenue
Bienvenue au Festival de Film-Santé Mentale et Prison, une rencontre unique, qui aura lieu à Lausanne du 4 au 7 avril 2025. Pendant quatre jours et dans l’esprit festif du 7ème Art, L’Action Maladie Psychique et Prison souhaite aborder avec ce festival, deux thèmes particulièrement sensibles, la santé mentale et la prison. Souhaitant porter ce débat sur la place public, ce festival s’adresse à tous.
Le prix d’entrée, s’étalant de CHF 10.- à 160.-, permet l’accès à toutes les bourses, y compris les petits budgets. Vous êtes un professionnel, un spécialiste des domaines de la santé, du social, de la prison et de la justice, alors vous aurez l’occasion de découvrir d’autres facettes de votre réalité quotidienne.
9 Films
Pendant ces 4 jours de Festival, neuf films, documentaires ou fictions, seront projetés. Tous centrés sur la santé mentale et/ou sur l’univers carcéral, ces films se rejoignent par leur profonde humanité et leur volonté de casser les stéréotypes, de dépasser les schémas réducteurs, d’ouvrir des chemins vers la reconstruction de soi et le vivre ensemble.
4 Débats et 4 Dialogues croisés
C’est aussi l’objectif des débats et des dialogues croisés qui suivront : questionner la situation actuelle, partager des réflexions sur les questions non résolues, croiser les connaissances et les expériences, sans faire fi des réalités.
Nous avons invité des personnalités romandes et des experts de vécu (proches et patients) à présenter leurs réflexions et leurs points de vue entre les différents domaines concernés tels que la psychiatrie, la prison, la justice, la politique, l’éthique, les droits humains.
Nous avons hâte de vous y accueillir.
Quand ?
Du 4 au 7 avril 2025
Enregistrer dans le calendrier
Où ?
Casino de Montbenon
Allée Ernest-Ansermet 3
1003 Lausanne
Quand ?
Du 4 au 7 avril 2025
Enregistrer dans le calendrier
Où ?
Casino de Montbenon
Allée Ernest-Ansermet 3
1003 Lausanne
Festival de Film-Santé Mentale et Prison
Au Casino de Montbenon à Lausanne de 4 au 7 avril 2025
Vendredi 4 avril 2025
Une pause est prévue dans la matinée
08h00 - Ouverture des portes
Intermède musical : Lee Maddeford, Pianiste
Modération débats et dialogues croisés : Flavienne Wahli di Matteo, Journaliste RP - VD
08h30 - Allocution de bienvenue :
Dominique Hafner, Présidente, Graap-Association – VD
Cristina Ferreira, Professeure associée, Haute École de Santé - VD
09h00 - Projection du film Peter K., seul contre l’État (99 min) de Laurent Wyss - Âge légal 14 ans / Âge suggéré 14 ans
10h40 - Dialogue croisé avec le public et le réalisateur
“Des Nouvelles de Peter K.” : Laurent Wyss a rencontré Peter K. en prison. Échos de ce lien.
Laurent Wyss – Scénariste et réalisateur – BE
11h30 - Débat
"Tous ensemble, c’est plus sûr !" : il s’agira de savoir quelle est la bonne réponse institutionnelle pour des patients atteints de graves troubles mentaux qui doivent exécuter une mesure thérapeutique. Comme Peter K.
- Marc Boivin – Juge au Tribunal Cantonal, humoriste – FR
- Prof. Bruno Gravier – Psychiatre, Président du Comité européen droit, éthique et psychiatrie – VD
- Kathrin Gruber – Avocate, spéc. FSA, droit pénal – VD
- Kiny Mottier – Infirmière, Formatrice – VD
- Alexandre Viscardi – Chef de l’Office d’exécution des peines – VD
- Expert de vécu – Personne touchée par la thématique
13h00 - Pause - Bar ouvert
14h00 - Projection du film « Je ne te voyais pas » (75 min) de François Kohler - Âge légal 14 ans / Âge suggéré 14 ans
15h30 - Projection du film “Je verrai toujours vos visages » (118 min) de Jeanne Herry - Âge légal 12 ans / Âge suggéré 14 ans
17h30 - Pause / Bar ouvert
17h45 - Débat
“La Justice restaurative – une thérapie qui ne porte pas son nom ?” : la discussion abordera la question de savoir si cette justice peut prévenir les risques de récidives ?
- Emmanuelle Granzotti – Psychothérapeute clinicienne – GE
- Jean-Marc Knobel – Médiateur FSM, généraliste et pénal – VD
- François Kohler – Auteur, réalisateur, producteur – VD
- Camille Perrier Depeursinge – Professeure de droit pénal UNIL, Présidente de l’AJURES
- Expert de vécu– Personne touchée par la thématique
19h15 - Clôture 1ère journée
Samedi 5 avril 2025
17h00 - Projection du film « Ariaferma » (117 min) de Leonardo di Costanzo - Âge légal 12 ans / Âge suggéré 14 ans
19h00 - Dialogue croisé avec le public
« Parlons de réinsertion dans la communauté » : deux axes pour cette discussion : les projets en cours dans le canton de Vaud et le sens de la réinsertion dans un tel contexte.
- Franck Simond – Directeur de la Fondation vaudoise contre l’alcoolisme – VD
- Cindy von Bueren – Cheffe de service adjointe à la Direction du Service pénitentiaire -VD
- Mari Jeancel – Psychologue, spécialiste en réinsertion
19h50 - Clôture 2ème journée
Dimanche 6 avril 2025
15h00 - Projection du film « Gorgona » (90 min) de Antonio Tibaldi - Âge légal 16 ans / Âge suggéré 16 ans
17h00 - Projection du film « Sur l’Adamant » (109 min) de Nicolas Philibert - Âge légal 16 ans / Âge suggéré 16 ans
18h40 - Dialogue croisé avec le public
« Les conditions préalables à la réinsertion » : il sera question d’accompagnement médical et social ainsi que du travail en réseau.
- Prof. Philippe Conus - Médecin-Chef, Département de psychiatrie, CHUV - VD
- François Grivat - Directeur, Fondation vaudoise de probation - VD
- Antonio Tibaldi – Réalisateur, scénariste – USA
19h30 - Clôture 3ème journée
Lundi 7 avril 2025
Une pause est prévue dans la matinée
8h00 - Ouverture des portes
Intermède musical : Lee Maddeford, Pianiste
Modération débats et dialogues croisés : Flavienne Wahli di Matteo, Journaliste RP - VD
8h30 - Allocution de bienvenue :
- Dominique Hafner, Présidente, Graap-Association – VD
- Florence Nater - Conseillère d’État, Département de l’emploi et de la cohésion sociale - NE
9h00 - Projection du film « Bloc central » (78’) de Michel Finazzi - Âge légal 16 ans / Âge suggéré 16 ans
10h20 - Dialogue croisé avec le public
« La prison, un miroir de la société » : la discussion se nourrira de l’expérience du réalisateur et d’un des acteurs du film « Bloc central » ainsi que du regard d’une politicienne.
- Michel Finazzi - Réalisateur - VD
- Anne-Catherine Ménétrey - Co-fondatrice d’Infoprisons - VD
- Simon Romang - Comédien et humoriste – VD
11h20 - Projection du film « Proches de détenus, une autre peine » (51’) d’Annina Furrer - Pas d’âge légal / Âge suggéré 14 ans
12h15 - Pause - Bar ouvert
13h30 - Débat
« Et les proches dans tout ça… » : la discussion questionnera le rôle, la place des proches de patients-détenus ainsi que les partenariats possibles aux niveaux, pénal, judiciaire, psychiatrique et social.
- Dr Didier Delessert - Médecin-chef, Service de médecine et psychiatrie pénitentiaires - VD
- Me Raphaël Mahaim - Avocat, Conseiller national - VD
- Capitaine Christian Pannatier - Chef de la division Proximité, Police municipale, Lausanne - VD
- Shyhrete Rexhaj - Infirmière, Professeure HES - VD
- Viviane Schekter - Directrice, Fond. REPR - VD
- Expert de vécu - Personne touchée par la thématique
15h00 - Projection du film « Un Triomphe » (55’) de Emmanuel Courcol - Âge légal 8 ans / Âge suggéré 12 ans
16h00 - Pause / Bar ouvert
16h30 - Débat de clôture
« La prison, un lieu approprié pour exécuter une mesure thérapeutique selon l’art. 59 CPS ? » : cette question sera abordée à la lumière de l’art. 59 du Code pénal suisse qui stipule : « Le traitement institutionnel s’effectue dans un établissement psychiatrique approprié ou dans un établissement d’exécution des mesures ».
- Raphaël Brossard - Chef du service pénitentiaire - VD
- Dre Corinne Devaud Cornaz - Médecin-adjoint, Réseau Fribourgeois de Santé Mentale - FR
- Jessica Jaccoud - Avocate - Conseillère nationale - VD
- Dr Patricia Meylan - Professeure, droit pénal UniFR - VS
- Prof. Kerstin von Plessen - Cheffe du Département de psychiatrie du CHUV - VD
- Prof. Hans Wolff - Médecin-chef, Service de médecine pénitentiaire, HUG - GE
18h00 - Mots de la fin :
- Dominique Hafner, Présidente, Graap-Association – VD
18h15 - Verre de l’amitié
20h30 - Clôture du festival
Conseillère d’État – Département de l’emploi et de la cohésion sociale
Programme du Festival, que se passe-t-il ?
Un Festival - 2 salles
Le festival aura lieu au Casino de Montbenon à Lausanne :
Le vendredi 4 et le lundi 7 avril à la Salle Paderewski,
Le samedi 5 et le dimanche 6 avril à la Salle Le Cinématographe.
Les billets pour les films et dialogues croisés avec le public des Vendredi 4 et lundi 7 avril sont vendus en cliquant sur Billetterie.
Les billets pour les films et dialogues croisés avec le public des samedi 5 et dimanche 6 avril sont vendus à la billetterie du Cinématographe.
(90 places disponibles )
On peut acheter tous les billets sur place, à la caisse. Le paiement est possible avec TWINT. Venir assez en avance.
Le festival est ouvert à tous
Boucle magnétique prévue pour personnes malentendantes
Plein Tarif | Tarif solidaire | Tarif réduit | |
½ jour | 50.- |
35.- |
10.- |
1 jour | 80.- | 60.- | 25.- |
Tarif solidaire : petit budget Tarif réduit : jeunes, AVS, AI, apprentis, étudiants Tarif spécial pour groupe de 5 personnes et plus, s’adresser à: huguette.wist@yo-que.ch / tél. +4179 156 37 70 |
Crédits de formation
3 crédits de formation par ½ journée SSPL
3 crédits de formation par ½ journée SSPS
3 crédits de formation par ½ journée SSPF
Autres informations
Restauration Non Stop à la Salle des fêtes du Casino de Montbenon
Une petite faim ? « Tombée dans la farine » sera là pour vous gâter avec ses brioches sucrées et salées. Ses foccacias et pleins d’autres gourmandises au levain naturel (info@foodidea.ch)
Pour tous renseignements :
Huguette Wist : tél. +41 79 156 37 70
Festival GRAAP <festival@graap.ch>
www.festival-graap.ch
Festival de Film-Santé Mentale et Prison
Rte de Pampigny 25
1143 Apples
Vendredi 4 avril - Matin
Peter K., seul contre l’État
9h00 à la Salle Paderewski
Projection du film « Peter K., seul contre l’État » de Laurent Wyss - 99 min., drame, Suisse, D/f, 2022.
Âge légal 14 ans / Âge suggéré 14 ans
La descente aux enfers d’un retraité biennois souffrant de délires de la persécution. Laurent Wyss brosse un portrait poignant d’humanité de cet homme traqué par un millier de policiers pendant neuf jours et neuf nuits et qui, à 80 ans, croupit toujours en prison.
Avec notamment Manfred Liechti dans le rôle de Peter K. Discussion avec le réalisateur après la projection.
D’un côté, 1057 policiers avec 150 appareils de vision nocturne, 40 pistolets automatiques, un hélicoptère Super Puma et même un char piranha. De l’autre, un retraité biennois souffrant de délires de la persécution, déstabilisé et complètement seul depuis la mort de sa vieille maman. Brouillé avec sa sœur qui voulait vendre la maison familiale, engagé dans des procédures administratives et judiciaires kafkaïennes, l’ancien soixante-huitard vivait en reclus, convaincu d'être surveillé, traqué. Au moment de l’expulsion, retranché dans sa maison, il s’apprête à tenir un véritable siège face aux forces de l’ordre. Et lorsque les gaz lacrymogènes le forcent à quitter les lieux, il tire sur un policier et prend la fuite.
Arrêté le 17 septembre 2010, aujourd’hui âgé de 80 ans, Peter K. se trouve toujours en prison. Refusant tout traitement psychiatrique, il est incarcéré près de Thoune, dans l’un des régimes de détention les plus durs de Suisse.
Qui est vraiment « le forcené de Bienne » ?
Laurent Wyss, qui est aussi journaliste, a travaillé dix ans sur cette affaire et relève au passage quelques bavures policières. Il a rencontré plusieurs fois le détenu en prison et le portrait qu’il brosse est celui d’un homme très seul, cultivé, féru de physique et de mathématiques, mais à la sensibilité exacerbée par une enfance tourmentée, étouffante, prémices à ses troubles mentaux et ses bouffées de violence. Un portrait ambigu, sans concession, loin pourtant de l’image du « Forcené de Bienne » censé semer la terreur sur toute une région comme l’ont présenté à l’époque les forces de l’ordre et les médias.


Dialogue croisé avec le public et le réalisateur
Des Nouvelles de Peter K.
10h40 à la Salle Paderewski
Laurent Wyss, le réalisateur, parlera de sa relation avec Peter K. lui-même.
Pour coller au plus près de la réalité, lors de l'écriture du scénario, Laurent Wyss le réalisateur, avait eu l'occasion de rencontrer Peter K. en prison. Un lien ambigu était né. Peut-être en saurons-nous un peu plus sur le vrai Peter K. ...


Débat
Tous ensemble, c’est plus sûr !
11h30 à la Salle Paderewski
Cette discussion vise à mieux cerner la réponse institutionnelle aux besoins de justiciables contraints à exécuter en prison une mesure thérapeutique, comme Peter K.
Lors de ce débat d’ouverture, les intervenants seront invités à échanger leurs expériences, leurs constats, leurs réflexions. Cette discussion vise à mieux cerner la réponse institutionnelle aux besoins de cette minorité de patients atteinte de graves troubles mentaux et contrainte à exécuter en prison une mesure thérapeutique. Comme Peter K.
Et, peut-être aussi, évoquer des alternatives à l’exécution d’une mesure hors de l’univers carcéral ?
Art. de 24 Heures du 20 mars 2020 : Peter Hans Kneubühl avait tiré sur un policier en 2010. Le tribunal va juger s'il est opportun de passer des mesures thérapeutiques institutionnelles (art. 59 du CPS) à l'internement ordinaire. (art. 64 du CPS)
Art. de 24 Heures du 3 fév. 2023 : Un film revient sur les neuf jours de résistance armée et de cavale d’un retraité qui s’était opposé à la vente forcée de sa maison en 2010.
Psychiatre, Président du Comité européen droit, éthique et psychiatrie – VD

Proche
Pierre-Dominique Scheder
Vendredi 4 avril - Après-midi
Je ne te voyais pas
14h00 à la Salle Paderewski
Projection du film « Je ne te voyais pas » de François Kohler - 75 min., documentaire, Suisse, F, 2019.
Âge légal 14 ans / Âge suggéré 14 ans
Plus focalisée sur l’acte commis que sur les besoins des parties, la justice pénale montre certaines limites. Le film explore le difficile rapprochement entre victimes cherchant à se reconstruire et auteurs enclins à se responsabiliser. La justice restaurative les encourage à gérer eux-mêmes leurs conflits, les aide à se libérer de leur statut. Un film intimiste et émotionnel où les barrières entre réalité et fiction s’estompent.
Le réalisateur François Kohler participe au débat après la projection des deux films sur la Justice restaurative.
Dans un contexte sécuritaire orienté sur la peur du risque, deux dispositifs de rencontres entre victimes et agresseurs au sein de différentes prisons proposent une forme complémentaire de justice basée sur la réparation du lien et du tissu social.
Plus focalisée sur l’acte commis que sur les besoins des parties, la justice pénale montre certaines limites. «Je ne te voyais pas» explore le difficile rapprochement entre victimes cherchant à se reconstruire et auteurs enclins à se responsabiliser. La justice restaurative les encourage à gérer eux-mêmes leurs conflits, les aide à se libérer de leur statut. Un film intimiste et émotionnel où les barrières entre réalité et fiction s’estompent.
Le réalisateur né à Couvet (Suisse). Après avoir obtenu une licence en droit à l’université de Neuchâtel, François Kohler poursuit des études de cinéma à l’INSAS (Institut National Supérieur des Arts du Spectacle et Techniques de Diffusion) à Bruxelles. Il réalise, produit ou coproduit ensuite des films de cinéma et de télévision parmi lesquels LE SOUFFLE DU DESERT (2005) et CHER MONSIEUR, CHER PAPA (2008), tous deux sortis en compétition internationale au festival Visions du Réel à Nyon.
Je verrai toujours vos visages
15h30 à la Salle Paderewski
Projection du film “Je verrai toujours vos visages" de Jeanne Herry - 118 min., drame, France, F, 2023.
Âge légal 12 ans / Âge suggéré 14 ans
Des victimes et des auteurs d’agression se rencontrent pour tenter de se comprendre et se reconstruire. Des comédiens exceptionnels au service de la justice restaurative.
Avec Adèle Exarchopoulos, Gilles Lellouche, Dali Benssalah, Jean-Pierre Darroussin, Suliane Brahim, Miou-Miou, Élodie Bouchez, Fred Testot, Denis Podalydès…
Au début, il y a d’un côté Nassim, Issa, Thomas, condamnés pour vols avec violence. Et de l’autre, Chloé, Grégoire, Nawelle, Sabine, victimes de viol, braquages, vols à l’arraché. Il y a de la colère et de l’espoir, des prises de parole qui font mal et d’autres qui libèrent, qui réparent. Dans ce film, Jeanne Herry met en scène un groupe de victimes et auteurs d’agression engagés dans un processus de justice restaurative. Au fil des réunions, les clivages entre victimes et agresseurs s’atténuent, des alliances se forment naturellement au-delà des actes commis…
Auteure déjà du poignant « Pupille », film sur l’adoption, Jeanne Herry s’est emparée du thème de la justice restaurative avec la même exigence de justesse et d’ouverture. Bien que son film soit une fiction, la réalisatrice s’est longuement documentée, elle a suivi des formations, a rencontré des victimes et des professionnels de ces techniques permettant aux victimes de se reconstruire et aux agresseurs de comprendre leurs actes.
Passionnée par les méandres de la psyché humaine, la réalisatrice a trouvé un terrain d’exploration à sa mesure, son film est un véritable plaidoyer pour une justice capable de réparer non seulement les actes mais aussi les êtres. Une justice « qui ne s’occupe pas seulement de l’objectivité des faits, mais de la subjectivité des gens : qu'est-ce qu'ils ont vu, qu'est-ce qu'ils ont ressenti, qu'est-ce qu'ils ont vécu… », déclare la réalisatrice.
Un film captivant, tout en finesse porté par un casting exceptionnel et des dialogues ciselés au scalpel.


Débat
La justice restaurative, une thérapie qui ne porte pas son nom ?
17h45 à la Salle Paderewski
La justice restaurative pourrait-elle être une thérapie efficace pour prévenir le risque de récidive ?
Les démarches de justice restaurative ou réparatrice tendent toutes vers les mêmes objectifs : aider les victimes à dépasser leur traumatisme et les auteurs de délits à se responsabiliser. Avec à la clé, une baisse du taux de récidive, une société plus sûre, une diminution des coûts médicaux et sociaux et la perspective de pouvoir enfin tourner la page pour les victimes.
Le thème du débat sera axé sur la possibilité de considérer cette forme de justice réparatrice comme un outil supplémentaire entre les mains des juges qui doivent se déterminer sur le sort des justiciables atteints dans leur santé mentale. D’où notre question : La justice restaurative pourrait-elle être une thérapie efficace pour contribuer à prévenir le risque de récidive de ces détenus actuellement contraints à exécuter un programme thérapeutique ?
Ce sujet est d’autant plus d’actualité que le Conseiller d’état vaudois, Vassilis Venizelos en a évoqué l’idée dans son communiqué du 10 février concernant le Plan d’action visant le désengorgement des prisons vaudoises. Il s’exprimait ainsi « Sur le long terme, la stratégie de réinsertion 2024-2030 et le déploiement de la justice restaurative permettront de lutter contre la récidive. »

Expert de vécu
Personne touchée par la thématique
Samedi 5 avril - Au programme à 17h
Ariaferma
17h00 à la salle Le Cinématographe
Projection du film « Ariaferma » Leonardo di Costanzo - 117 min., drame, Italie, I/f, 2022.
Âge légal 12 ans / Âge suggéré 14 ans
Une ancienne prison du XIXe siècle, située dans une région inaccessible et non spécifiée de l’Italie, est en cours de démantèlement. En raison de problèmes bureaucratiques, les transferts s’arrêtent et une douzaine de détenus avec quelques officiers restent en attente de nouvelles destinations. Dans un temps suspendu, les règles de séparation se relâchent et prisonniers et surveillants inventent une fragile communauté.
Avec Toni Servillo, Silvio Orlando, Fabrizio Ferracane, Antonio Buil…
Perdue dans les montagnes arides, une prison vétuste est en cours de démantèlement quand le transfert des douze détenus restants est retardé en raison d’une erreur administrative.
Propulsé directeur provisoire, Gargiulo, le surveillant le plus expérimenté, va devoir gérer la transition, le temps que la situation se débloque. Lagioia, capo mafieux qui finit de purger une longue peine, entrevoit, lui, la possibilité de faire entendre les revendications des détenus en sursis. Peu à peu, dans un temps suspendu, matons et prisonniers inventent une fragile communauté.
Inspirée d’une histoire réelle mais tournée dans une prison imaginaire avec des acteurs professionnels, Leonardo Di Costanzo filme le monde carcéral avec sa violence, ses codes, ses lois et ses absurdités.
« Au-delà d’une utopie, « Ariaferma » examine la possibilité d’une communauté entre gardiens et détenus où chacun, dans son rôle, va prendre la mesure de son propre enfermement. » (« Le Monde », 16 novembre 2022).


Dialogue croisé
Parlons de réinsertion dans la communauté
19h00 à la salle Le Cinématographe
Présentation de projets en cours concernant la réinsertion des personnes détenues dans nos prisons. Nous questionnerons aussi le sens de cette réinsertion pour les personnes en exécution de mesure thérapeutique.
Cette discussion présentera les projets en cours dans notre canton concernant la réinsertion des personnes détenues dans nos prisons et plus spécialement celles qui le sont pour exécuter une mesure thérapeutique. Nous questionnerons aussi le sens de cette réinsertion dans un tel contexte. Et cela, tant pour les personnes détenues que pour les professionnel-le-s accompagnant tout projet de vie en prison qui devrait être orienté vers la sortie.
Cheffe de Service adjointe à la Direction du Service pénitentiaire (SPEN) – VD
Dimanche 6 avril - Au programme à 15h
Gorgona
15h00 à la salle Le Cinématographe
Projection du film « Gorgona » de Antonio Tibaldi - 90 min., documentaire, Italie, I/f, 2022.
Âge légal 16 ans / Âge suggéré 16 ans
La traduction et le soutitrage ont été réalisés en l’honneur de Gregory, victime innocente de l’art 59, al 2. Sans aucun lien avec la prison à Gorgona.
Détenus sur l'île isolée de Gorgona, la dernière colonie pénitentiaire agricole d'Europe. Ils cultivent la terre, s'occupent des animaux, dans l'espoir d'une seconde chance dans la vie.
Gorgona est la dernière colonie pénitentiaire agricole d’Europe. Située à 19 miles de la côte toscane, cette île-prison isolée abrite quatre-vingt-dix détenus qui passent leurs journées en plein air, immergés dans une beauté naturelle immaculée. Gorgona est une fenêtre intime sur la vie quotidienne de cinq de ces hommes : du soin du bétail à la culture de la terre, ils ont la chance d’apprendre un métier et d’acquérir des compétences qui les aideront à se réinsérer dans la société.
Antonio TIBALDI est scénariste et réalisateur de films de fiction et de non-fiction en Amérique du Nord et en Europe. Il est basé à New York.
Son travail a remporté de nombreux prix et a été présenté dans des festivals tels que Berlin, Sundance, San Sebastian, Rotterdam, IDFA, Tribeca ; et distribué par des sociétés telles que Miramax, Warner Bros. et Lion’s Gate. Il est consultant pour UNTV (United Nations TV) et travaille comme vidéographe pour mettre en lumière des réalités peu connues en Amérique du Sud et en Amérique centrale, en Afrique et en Asie. En tant que boursier Fulbright, Antonio a étudié à Calarts où il a obtenu une maîtrise en cinéma et vidéo. Ses projets ont reçu le soutien de l’IFP (Independent Filmmaker Project – The Gotham), du TFI (Tribeca Film Institute), FIND (Film Independent), WEMW (When East Meets West), Dokincubator et Biografilm. Antonio Tibaldi est membre du WGA East et il est le codirecteur du MFA in film à l'université publique de New York The City College of New York.
Sur l’Adamant
17h00 à la salle Le Cinématographe
Projection du film « Sur l’Adamant » de Nicolas Philibert - 109 min., documentaire, France/Japon, F, 2023.
Âge légal 16 ans / Âge suggéré 16 ans
Nicolas Philibert partage une expérience psychiatrique novatrice en bord de Seine à Paris
Eclectique dans ses sujets, le documentariste rencontre les adultes souffrant de déficience psychique de l’Adamant, un centre de séjour amarré près du Jardin des Plantes à Paris.
Avec notamment Sabine Berlière, Mamadi Barri, Walid Benziane, Romain Bernardin, Jean-Paul Hazan, Pauline Hertz, Frédéric Prieur, Sébastien Tournayre, Muriel Thourond (des patients et soignants)
L’Adamant est un Centre de Jour unique en son genre : c’est un bâtiment flottant. Édifié sur la Seine, en plein cœur de Paris, il accueille des adultes souffrant de troubles psychiques, leur offrant un cadre de soins qui les structure dans le temps et l’espace, les aide à renouer avec le monde, à retrouver un peu d’élan. L’équipe qui l’anime est de celles qui tentent de résister autant qu’elles peuvent au délabrement et à la déshumanisation de la psychiatrie. Ce film nous invite à monter à son bord pour aller à la rencontre des patients et soignants qui en inventent jour après jour le quotidien.
Ours d'or 73. Internationale Filmfestspiele Berlin
Mention spéciale du Jury oecuménique 73. Internationale Filmfestspiele Berlin


Dialogue croisé
Les conditions préalables à la réinsertion
18h40 à la salle Le Cinématographe
La première condition préalable à la réinsertion est bien une adhésion minimale au diagnostic du trouble mental et au traitement qui en découle. Ensuite, il est aussi fondamental que le patient-détenu réalise la nécessité d’un accompagnement pour sa réinsertion.
À Gorgona, des prisonniers cultivent la terre, s'occupent des animaux et réapprennent à vivre au rythme de la nature, en communauté d’intérêt. Peut-être des liens possibles avec la ferme de Bochuz, aux Établissement de la plaine de l’Orbe ? Cette discussion va aborder, concrètement, d’autres approches qui favorisent le rétablissement :
La réinsertion impliquant le rétablissement de la santé et un accompagnement psycho-social, lors de ce dialogue croisé, nous aurons l’occasion de discuter de divers programmes tel que :
- le programme SIM, suivi intensif psychiatrique dans le millieu
- le programme TIPP, soit : Traitement et intervention précoce dans les troubles psychotiques
- La « désistance », un accompagnement qui permet progressivement aux justiciables de s’éloigner des comportements contraires à la loi.
Lundi 7 avril - Matin
Bloc Central
9hO0 à la Salle Paderewski
Projection du film « Bloc Central » de Michel Finazzi - 78 min., fiction, Suisse, F, 2018.
Âge légal 16 ans / Âge suggéré 16 ans
La vie quotidienne dans une prison vaudoise filmée à la manière d’un documentaire. Un film qui permet de voir l’enfermement sous un autre jour.
Avec notamment Sandro De Feo, Vincent Rime, Miguel Blanc, Jean-Philippe Ecoffey, Karim Slama…
Dialogue avec le réalisateur Michel Finazzi après la projection.
À mi-chemin entre le documentaire et la fiction, "Bloc Central" emmène le spectateur derrière les murs de la prison lausannoise du Bois-Mermet dans le quotidien des détenus et des agents de détention. Deux hommes font en même temps leur entrée dans la plus ancienne prison du canton : l’un vient d’être engagé comme agent pénitentiaire, l’autre est un prisonnier, prévenu de tentative de meurtre. Au fil des jours, sous forme d’un parcours croisé, les deux hommes découvrent cette micro-société avec son rythme lourd, lent, ses codes, ses petits arrangements. Et à leur suite, le temps d’un film, le spectateur pénètre lui aussi dans l’univers carcéral…
Le réalisateur Michel Finazzi a travaillé 16 ans en milieu carcéral où il animait des ateliers vidéo. C’est de son expérience qu’il s’est directement inspiré. Face aux obstacles rencontrés pour tourner un documentaire, Michel Finazzi s’est lancé dans une fiction avec des comédiens professionnels, mais une fiction tournée in situ au plus près de la réalité carcérale.
Après la projection, Michel Finazzi viendra parler de cette aventure cinématographique et humaine. Il évoquera son travail en prison, ses rencontres avec, toujours, l’inlassable volonté de dépasser le fossé d’indifférence de ceux et celles qui peinent à voir dans la prison « un miroir de la société ».


Dialogue croisé
La prison, un miroir de la société
10h20 à la Salle Paderewski
Michel Finazzi évoquera son travail en prison, ses rencontres avec l’inlassable volonté de dépasser le fossé d’indifférence de ceux et celles qui peinent à voir dans la prison « un miroir de la société ».
Le réalisateur Michel Finazzi a travaillé 16 ans en milieu carcéral où il animait des ateliers vidéo. C’est de son expérience qu’il s’est directement inspiré. Face aux obstacles rencontrés pour tourner un documentaire, Michel Finazzi s’est lancé dans une fiction avec des comédiens professionnels, mais une fiction tournée in situ au plus près de la réalité carcérale. Il viendra nous parler de cette aventure cinématographique et humaine et il évoquera son travail en prison, ses rencontres avec, toujours, l’inlassable volonté de dépasser le fossé d’indifférence de ceux et celles qui peinent à voir dans la prison « un miroir de la société ».
Proches de détenus, une autre peine
11h20 à la Salle Paderewski
Projection du film « Proches de détenus, une autre peine » d’Annina Furrer - 51 min., documentaire, Suisse, D/f, 2023.
Pas d’âge légal / Âge suggéré 14 ans
« Papa est en prison mais il ne faut pas le dire » ou comment surmonter le traumatisme d’un proche incarcéré. Coup de projecteur sur le travail essentiel de la fondation REPR qui tente de réparer l’injustice d’une peine partagée par ceux et celles qui n’ont commis aucun crime. Des proches de personnes atteintes dans leur santé mentale partagent aussi leurs préoccupations spécifiques relatives aux soins.
L’emprisonnement d’un proche peut démolir des familles entières. Sans nouvelles souvent du détenu, en butte aux obstacles administratifs et aux méandres du système judiciaire, les proches se retrouvent brutalement confrontés à la dure réalité d’une incarcération.
A l’éloignement, à la tristesse, à la honte parfois et aux problèmes de toute sorte s’ajoute la peur de ce qui va arriver à ce papa, cette maman, ce fils, ce partenaire incarcéré. Les autorisations de visite relèvent du parcours du combattant, l’accès aux soins pour le détenu est problématique, il va mal, il est peut-être au cachot, mais comment le savoir ? Comment garder du lien et l’aider alors qu’on se sent soi-même submergé par de profonds sentiments d’impuissance, voire de culpabilité et d’injustice face à la machine judiciaire ? Et que dire à un enfant dont l’un des parents disparaît de sa vie du jour au lendemain ? « Une petite de 4 ans nous a demandé si sa Maman mangeait par terre », relève Viviane Schekter, de la fondation Relais Enfants Parents Romand (REPR), une des protagonistes de ce documentaire.
En Suisse romande, les structures spécialisées dans l’aide et le soutien aux proches sont pratiquement inexistantes à l’exception de la fondation Relais Enfants Parents Romand (REPR), et du Groupe d’entraide pour proches de patient-e-s psychiques sous main de justice du Graap-Fondation.
Riche des témoignages forts de proches de prisonniers, ce documentaire, centré sur le travail essentiel de la fondation REPR, sonne comme un cri d’alarme face à ce manque.
Extraits et interview de Viviane Schekter sur la plate-forme de la RTS « Docu-réactions »
Lundi 7 avril - Après-midi


Débat
Et les proches dans tout ça…
13h30 à la Salle Paderewski
Cette discussion autour des proches de patients-détenus donnera l’occasion de questionner leur rôle, leur place et les partenariats possibles aux divers niveaux, pénal, judiciaire, psychiatrique et bien sûr social.
L’emprisonnement d’un proche peut démolir des familles entières. Sans nouvelles du détenu, en butte aux obstacles administratifs et aux méandres du système judiciaire, les proches se retrouvent brutalement confrontés à la dure réalité d’une incarcération. À l’éloignement, à la tristesse, à la honte souvent, aux problèmes de toute sorte s’ajoutent la peur de ce qui va arriver à ce fils, ce papa, cette maman, ce partenaire incarcéré.
Comment garder du lien alors qu’on se sent soi-même submergé par de profonds sentiments d’impuissance et d’injustice face à la machine judiciaire ? Sentiment d’injustice ? pour le moins, une incompréhension ! surtout lorsque la personne détenue est atteinte d’un grave trouble mental. Comment vivre, vivre malgré tout ?
En Suisse romande, les structures spécialisées dans l’aide et le soutien aux proches sont pratiquement inexistantes à l’exception de la Fondation Relais Enfants Parents Romands (REPR) et de l’Action Maladie psychique et Prison (AMPP), initiatrice de ce festival. La plupart du temps, les soucis de ces proches-là ont débuté avec l’apparition de la maladie, du trouble ou/et du handicap mental dans la vie de « leur » patient-détenu. Et la détention intervient souvent à la suite d’un parcours médico-social chaotique où les proches se sont déjà retrouvés, démunis, sans aide, ignorés du système de soins. Et quand survient la détention, elle s’éternise. Sans date de sortie de prison, le patient-détenu et toute sa famille entre dans un engrenage qui leur échappe. Pourtant, cette étape ne devrait être qu'une courte escale thérapeutique d'un parcours tumultueux.
Cette discussion autour des proches de patients-détenus donnera déjà l’occasion de souligner l’existence de ces proches-là, de questionner leur rôle, leur place, les partenariats possibles aux divers niveaux, pénal, judiciaire, psychiatrique et bien sûr social.
Médecin-chef, Service de médecine et psychiatrie pénitentiaires - VD
Chef de la division Proximité, Police municipale, Lausanne - VD

Proche
Pascal Fossati
Un Triomphe
15h00 à la Salle Paderewski
Projection du film « Un Triomphe » de Emmanuel Courcol et Irène Muscari, 107 min., comédie dramatique, France, F, 2020.
Âge légal 8 ans / Âge suggéré 12 ans
(Accroche) La tournée rocambolesque de prisonniers jouant « En attendant Godot ». L’un des meilleurs rôles de Kad Merad en metteur en scène raté. Avec en toile de fond de cette comédie feel good, la puissance de l’art et de l’amitié pour renaître à la vie… même derrière les barreaux.
Avec Kad Merad, Marina Hands, Laurent Stocker, Wabinlé Nabié, Sofian Khammes, Pierre Lottin…
Etienne, un acteur en galère, accepte pour boucler ses fins de mois d'animer un atelier théâtre en prison. Surpris par le talent de cette troupe improbable, il décide de mettre en scène hors des murs de la prison un spectacle, « En attendant Godot », de Samuel Beckett, en métaphore à l'état d'attente constant des prisonniers.
Les répétitions s’enchaînent, la sortie des détenus comédiens est enfin approuvée, les représentations peuvent commencer mais le jour de la première, cinq des six acteurs tentent une évasion… À chaque représentation, les liens d’amitié entre le metteur en scène et les prisonniers se resserrent. Mais tandis qu’Etienne connaît enfin le succès sur les planches, ses acteurs, eux, doivent retrouver leur cellule chaque soir. Cahin-caha, tout finit par s’arranger et la tournée s’avère un triomphe.
Un triomphe pour qui verra dans cette histoire l’exemple d’une socialisation et réhabilitation au sens propre. Celle qui sécrète des effets salvateurs et des bénéfices pour tous les acteurs, y compris la société.
Inspiré par des faits réels qui se sont déroulés dans une prison de haute sécurité en Suède, le réalisateur Emmanuel Courcol revisite avec humour cette histoire touchante d’humanité tournée sur le ton d’une comédie feel good.
Comédien de théâtre venu tardivement au cinéma, Emmanuel Courcol a la passion des planches chevillée au corps. Son film est un hommage au théâtre, mais aussi une invitation à voir le monde carcéral sous un jour différent. Kad Merad, en metteur en scène dépressif, brille dans le premier rôle et tous les comédiens jouent formidablement bien leurs rôles d’acteurs médiocres mais irrésistibles.
« Peut-être le meilleur rôle de Kad Merad loin de ses cabotinages habituels » (Pierre-Philippe Cadert, « Vertigo », RTS-La Première


Débat de clôture
La prison, un lieu approprié pour exécuter une mesure thérapeutique ?
16h30 à la Salle Paderewski
Art. 59 al 2 du Code pénal suisse stipule : Le traitement institutionnel s’effectue dans un établissement psychiatrique approprié ou dans un établissement d’exécution des mesures. La prison est-elle un lieu approprié ?
Le débat de clôture posera la question cruciale de l’exécution des mesures institutionnelles en prison : l’univers carcéral peut-il représenter «un lieu approprié» pour un traitement institutionnel selon l’article 59 du Code pénal suisse ? La prison dispose-t-elle de moyens adaptés à la prise en charge de personnes gravement atteintes dans leur santé mentale ? Existe-t-il de réelles possibilités de se soigner, de se reconstruire et d’entamer un processus de réinsertion pour des détenus sous article 59, alors qu’ils n’ont aucune date de sortie en perspective ? Finalement, les deux logiques, carcérales et thérapeutiques, impliquées dans l’application de l’art. 59 de Code pénal suisse sont-elles compatibles ?
Un Festival de film, pourquoi ?
Un Triomphe
D’Emmanuel Courcol et Irène Muscari
Des prisonniers jouent « En attendant Godot ». La puissance de l’art et de l’amitié pour renaître à la vie… même derrière les barreaux.
Peter K., seul contre l’État
De Laurent Wyss
La descente aux enfers d’un retraité biennois souffrant de délires de la persécution.
Je ne te voyais pas
De François Kohler
Le film explore le difficile rapprochement entre victimes cherchant à se reconstruire et auteurs enclins à se responsabiliser.
Je verrai toujours vos visages
De Jeanne Herry
Des victimes et des auteurs d’agression se rencontrent pour tenter de se comprendre et se reconstruire.
Ariaferma
De Leonardo Di Costanzo
Dans une prison en voie de démantèlement, prisonniers et gardiens inventent une fragile communauté.
Gorgona
D’Antonio TIBALDI
À Gorgona, des prisonniers cultivent la terre, s'occupent des animaux, dans l'espoir d'une seconde chance.
Sur l’Adamant
De Nicolas Philibert
Nicolas Philibert partage une expérience psychiatrique novatrice en bord de Seine à Paris.
Bloc central
De Michel Finazzi
La vie quotidienne dans une prison vaudoise. Un film qui permet de voir l’enfermement sous un autre jour.
Proches de détenus, une autre peine
D’Annina Furrer
« Papa est en prison mais il ne faut pas le dire » ou comment surmonter le traumatisme d’un proche incarcéré.
Un Triomphe
D’Emmanuel Courcol et Irène Muscari
Des prisonniers jouent « En attendant Godot ». La puissance de l’art et de l’amitié pour renaître à la vie… même derrière les barreaux.
Peter K., seul contre l’État
De Laurent Wyss
La descente aux enfers d’un retraité biennois souffrant de délires de la persécution.

Un Triomphe
D’Emmanuel Courcol et Irène Muscari
Des prisonniers jouent « En attendant Godot ». La puissance de l’art et de l’amitié pour renaître à la vie… même derrière les barreaux.

Peter K., seul contre l’État
De Laurent Wyss
La descente aux enfers d’un retraité biennois souffrant de délires de la persécution.

Je ne te voyais pas
De François Kohler
Le film explore le difficile rapprochement entre victimes cherchant à se reconstruire et auteurs enclins à se responsabiliser.

Je verrai toujours vos visages
De Jeanne Herry
Des victimes et des auteurs d’agression se rencontrent pour tenter de se comprendre et se reconstruire.

Ariaferma
De Leonardo Di Costanzo
Dans une prison en voie de démantèlement, prisonniers et gardiens inventent une fragile communauté.

Gorgona
D’Antonio TIBALDI
À Gorgona, des prisonniers cultivent la terre, s'occupent des animaux, dans l'espoir d'une seconde chance.

Sur l’Adamant
De Nicolas Philibert
Nicolas Philibert partage une expérience psychiatrique novatrice en bord de Seine à Paris.

Bloc central
De Michel Finazzi
La vie quotidienne dans une prison vaudoise. Un film qui permet de voir l’enfermement sous un autre jour.

Proches de détenus, une autre peine
D’Annina Furrer
« Papa est en prison mais il ne faut pas le dire » ou comment surmonter le traumatisme d’un proche incarcéré.

Un Triomphe
D’Emmanuel Courcol et Irène Muscari
Des prisonniers jouent « En attendant Godot ». La puissance de l’art et de l’amitié pour renaître à la vie… même derrière les barreaux.

Peter K., seul contre l’État
De Laurent Wyss
La descente aux enfers d’un retraité biennois souffrant de délires de la persécution.
Avec ce Festival de film, L’Action Maladie Psychique et Prison souhaite mettre en lumière la réalité vécue par les détenus atteints de troubles mentaux et leurs proches, lourdement impactés eux aussi.
Les films apporteront un éclairage d’une humanité profonde aux débats et dialogues croisés au programme qui ont pour objectif de questionner le système carcéral actuel. Les discussions permettront d’échanger sur la cohabitation des deux logiques, carcérales et thérapeutiques. Ce sera l’occasion de revenir sur l’accès aux soins de qualité pour tout un chacun, qu’il soit détenu ou non. Mais aussi sur les mesures thérapeutiques selon l’art. 59 du Code pénal suisse qui contraignent les justiciables à exécuter une mesure thérapeutique en prison.
Le but de ce festival est bien de faire sortir de l’ombre la situation des quelques 700 personnes qui se retrouvent derrière les barreaux en raison de délits liés à leur pathologie.
Grâce aux personnalités romandes ainsi qu’aux experts de vécu (proches et patients) nous pourront découvrir d’autres facettes de la réalité de ces personnes doublement stigmatisées. Troubles mentaux et détention, un double tabou qui touche aussi les proches de ces détenus un peu particuliers.
Au cours des débats et dialogues croisés, des projets novateurs et des pistes inhabituelles, des alternatives nous seront présentées. En conclusion, lors du dernier débat, une question sera posée : la prison est-elle un lieu approprié pour exécuter une mesure thérapeutique ?
4 débats, 4 dialogues croisés, mais sur quels sujets ?

Débat de clôture
lundi 7 avril 16h30
La prison, un lieu approprié pour exécuter une mesure thérapeutique ?
Art. 59 du Code pénal suisse stipule : «Le traitement institutionnel s’effectue dans un établissement psychiatrique approprié ou dans un établissement d’exécution des mesures.» La prison est-elle un lieu approprié ?

Dialogue croisé
vendredi 4 avril 10h40
Des Nouvelles de Peter K. ?
Laurent Wyss, le réalisateur, parlera de sa relation avec Peter K. lui-même.

Débat
vendredi 4 avril 11h30
Tous ensemble, c’est plus sûr !
Cette discussion vise à mieux cerner la réponse institutionnelle aux besoins de justiciables contraints à exécuter en prison une mesure thérapeutique, comme Peter K.

Débat
vendredi 4 avril 17h45
La justice réparatrice, une thérapie qui ne porte pas son nom ?
La justice réparatrice pourrait-elle être une thérapie efficace pour prévenir le risque de récidive ?

Dialogue croisé
samedi 5 avril 19h00
Parlons de réinsertion dans la communauté
Présentation de projets en cours concernant la réinsertion des personnes détenues dans nos prisons. Nous questionnerons aussi le sens de cette réinsertion pour les personnes en exécution de mesure thérapeutique.

Dialogue croisé
dimanche 6 avril 18h40
Les conditions préalables à la réinsertion
Il sera question d’accompagnement médical et social ainsi que du travail en réseau.

Dialogue croisé
lundi 7 avril 10h20
La prison, un miroir de la société
La vie quotidienne dans une prison vaudoise. Un film qui permet de voir l’enfermement sous un autre jour.

Débat
lundi 7 avril 13h30
Et les proches dans tout ça…
Cette discussion autour des proches de patients-détenus donnera l’occasion de questionner leur rôle, leur place et les partenariats possibles aux divers niveaux, pénal, judiciaire, psychiatrique et bien sûr social.

Débat de clôture
lundi 7 avril 16h30
La prison, un lieu approprié pour exécuter une mesure thérapeutique ?
Art. 59 du Code pénal suisse stipule : «Le traitement institutionnel s’effectue dans un établissement psychiatrique approprié ou dans un établissement d’exécution des mesures.» La prison est-elle un lieu approprié ?

Dialogue croisé
vendredi 4 avril 10h40
Des Nouvelles de Peter K. ?
Laurent Wyss, le réalisateur, parlera de sa relation avec Peter K. lui-même.
La question du traitement des détenus atteints de troubles mentaux au sein du système carcéral est un enjeu complexe, mêlant justice, soins psychiatriques et réinsertion sociale. Ce cycle de débats et de dialogues croisés propose une réflexion approfondie sur ces thématiques, en réunissant des professionnels du droit, de la santé, du milieu carcéral et des acteurs de terrain.
À travers des discussions variées, nous explorerons les réalités de ces détenus particuliers, à l’image de Peter K., dont le parcours interroge la pertinence des mesures thérapeutiques en milieu carcéral. Comment concilier impératifs judiciaires et soins appropriés ? Quels dispositifs existent ou devraient être mis en place pour éviter que la prison ne devienne une impasse pour ces personnes en grande détresse ?
Le débat s’ouvrira sur une immersion dans l’histoire de Peter K., grâce au témoignage du réalisateur Laurent Wyss, qui a développé une relation privilégiée avec lui. Puis, nous questionnerons l’efficacité de l’exécution des mesures thérapeutiques en prison, les alternatives possibles et les défis liés à la justice réparatrice. La réinsertion des détenus sera également au cœur des échanges, avec des exemples concrets de projets innovants et des réflexions sur les conditions préalables à un retour à la société.
Enfin, nous nous attacherons à une dimension souvent oubliée : celle des proches des détenus, dont le rôle et les difficultés méritent d’être reconnus. Le débat de clôture viendra poser une question essentielle : la prison est-elle réellement un lieu adapté à l’exécution des mesures thérapeutiques ?
À travers ces échanges, nous espérons susciter un débat constructif et proposer des pistes de réflexion pour une prise en charge plus humaine et efficace des détenus en souffrance psychique.
Flavienne Wahli di Mattéo, journaliste, avec sa sensibilité et bienveillance habituelles modérera les débats et dialogues croisés avec le public.
Thèmes des débats et dialogues croisés, plus d’infos :
Vendredi :
“Des Nouvelles de Peter K.”
“Tous ensemble, c’est plus sûr !”
“La Justice restaurative – une thérapie qui ne porte pas son nom ?” : la discussion abordera la question de savoir si cette justice peut prévenir les risques de récidives ?
Samedi :
« Parlons de réinsertion dans la communauté »
Dimanche :
« Les conditions préalables à la réinsertion »
Lundi :
« La prison, un miroir de la société »
« Et les proches dans tout ça… »
« La prison, un lieu approprié pour exécuter une mesure thérapeutique selon l’art. 59 CPS ? »
40 ans d’histoire en deux pages
Visibiliser l’invisible d'Elix Kordo
la mobilisation du Graap face à l’article 59 CPS
Interview de Cristina Ferreira
Propos recueillis par Catherine Favre
Pour la sociologue Cristina Ferreira, l’article 59 relève d’un véritable contresens
Le projet d’établissement psychiatrique du Dr Dominique Marcot
Un établissement psychiatrique médico-légal à la place de la prison
A quoi pourrait ressembler une institution thérapeutique romande pour les personnes sous main de justice?
"Le Forcené de Bienne", un autre regard
Compilation d’articles de presse concernant Peter K
Jacqueline Couthon nous offre son éclairage sur une affaire emblématique
Comment se soigner en prison et… en sortir ?
Entretien avec le psychiatre Bruno Gravier
Dérives sécuritaires de l’article 59 du CPS
40 ans d’histoire en deux pages
Visibiliser l’invisible d'Elix Kordo
la mobilisation du Graap face à l’article 59 CPS
Interview de Cristina Ferreira
Propos recueillis par Catherine Favre
Pour la sociologue Cristina Ferreira, l’article 59 relève d’un véritable contresens
Documentation, qui, quoi, comment ?

40 ans d’histoire en deux pages
Visibiliser l’invisible par Elix Kordo
la mobilisation du Graap face à l’article 59 CPS

Interview de Cristina Ferreira
Propos recueillis par Catherine Favre
Pour la sociologue Cristina Ferreira, l’article 59 relève d’un véritable contresens

Le projet d’établissement psychiatrique du Dr Dominique Marcot
Un établissement psychiatrique médico-légal à la place de la prison
A quoi pourrait ressembler une institution thérapeutique romande pour les personnes sous main de justice?

"Le Forcené de Bienne", un autre regard
Compilation d’articles de presse concernant Peter K
Jacqueline Couthon nous offre son éclairage sur une affaire emblématique

Comment se soigner en prison et... en sortir ?
Entretien avec le psychiatre Bruno Gravier
Dérives sécuritaires de l’article 59 du CPS

40 ans d’histoire en deux pages
Visibiliser l’invisible par Elix Kordo
la mobilisation du Graap face à l’article 59 CPS

Interview de Cristina Ferreira
Propos recueillis par Catherine Favre
Pour la sociologue Cristina Ferreira, l’article 59 relève d’un véritable contresens
Nous ajoutons ci-dessous de la documentation. Venez la consulter régulièrement si vous désirez approfondir les sujets traités durant le festival.
Pour la sociologue Cristina Ferreira,
l’article 59 relève d’un véritable contresens
Le Festival de Film Santé mentale et Prison approche à grands pas avec ses nombreuses projections et débats à l’affiche du Casino de Montbenon du 4 au 7 avril 2025. Dans la perspective d’éclairer les enjeux essentiels de l’événement, l’Action Maladie psychique et Prison propose un grand entretien avec la sociologue Cristina Ferreira, professeure associée à la Haute Ecole de Santé Vaud, autrice de plusieurs publications sur l’expertise psychiatrique. Et la langue de bois n’est pas le genre de la maison ! Pour la sociologue, les mesures thérapeutiques exécutées en milieu carcéral relèvent d’un véritable contre-sens : « Cela revient à vouloir soigner dans des conditions qui rendent malade ».
Mais au-delà d’une analyse critique de l’article 59 du Code pénal suisse, cette chercheuse chevronnée souhaite que le parcours et la situation des justiciables atteints de troubles mentaux soient mieux documentés. C’est en cela que les sciences humaines peuvent être d’un apport considérable, pour donner «une voix et un visage» à une population doublement stigmatisée par la maladie mentale et par la prison.
Entretien avec la sociologue Cristina Ferreira
L’article 59? «Cela revient
à vouloir soigner dans des conditions qui rendent malade!»
Docteure en sociologie, professeure associée à la Haute Ecole de Santé Vaud, autrice de nombreuses publications sur l’expertise psychiatrique, Cristina Ferreira s’inquiète du sort carcéral réservé à des personnes malades et condamnées à des mesures dites thérapeutiques. Elle pointe du doigt un système où «la dangerosité est devenue une nouvelle maladie», où la souffrance des patients détenus et les réalités humaines sont occultées.
Dans un livre très accessible, co-écrit avec les historiens Ludovic Maugué et Sandrine Maulini, la chercheuse illustre les paradoxes des placements forcés par la saga de l’Homme-Bus, Martial Richoz, qui a sillonné les rues de Lausanne au volant d’un véhicule fabriqué de ses mains avant d’être interné. Et sa plus récente publication réalisée avec un panel de chercheuses et chercheurs interroge le caractère équivoque des rapports tissés entre la médecine, la justice et le champ pénitentiaire («Protéger la collectivité ou l’individu? Controverses quant au rôle de l’expertise psychiatrique et de la médecine pénitentiaire en Suisse romande (1970–1980), 2024 »).
Son propos ne relève pas d’un réquisitoire contre les autorités. Non, elle plaide pour une meilleure connaissance du terrain, pour des études permettant de documenter l’impact des mesures pénales sur le parcours de vie des hommes et des femmes concernés. C’est en cela que les sciences humaines peuvent être d’un apport considérable, pour donner «une voix et un visage» à une population doublement stigmatisée par la maladie mentale et par la prison.
Entre un cours à la Haute Ecole de santé Vaud et une séance de travail de recherche, cette sociologue passionnée et passionnante a pris le temps de nous accorder un long entretien.
Vos publications sont parmi les rares études à explorer la problématique des mesures pénales en termes sociologiques et historiques. Que nous apprennent vos travaux, en particulier sur l’article 59?
Nous avons consacré une première publication qui fait un état des lieux des difficultés posées par l’article 59 ( «Prévenir le risque de récidive par l’obligation de soins: les apories de l’article 59 du Code pénal suisse» , par Cristina Ferreira et Ludovic Maugué, Revue Champ pénal, 2017). Je dirigeais alors une étude financée par le Fonds national suisse sur la privation de liberté à des fins d’assistance et j’ai dû mettre de côté un projet de recherche spécifique sur l’article 59, en particulier lorsque les personnes font recours contre ces décisions. Toutefois, c’est quelque chose que j’aimerais faire à l’avenir: une enquête de terrain sur la variété des situations couvertes par l’article 59 et son impact sur les vies des personnes concernées.
Pourtant, le manque de structures adéquates, la durée indéterminée des mesures avec tous les problèmes que cela implique sur la santé mentale des patients détenus, commencent à être connus, reconnus. Très concrètement, que peut apporter la sociologie au débat?
Il manque à ce jour en Suisse des recherches en sciences sociales qui comparent les pratiques entre les cantons, autant les politiques publiques cantonales que la mise en œuvre de l’article 59 au sein des établissements d’exécution des mesures. Les mêmes lacunes sont à déplorer pour ce qui est des profils sociologiques des personnes sous mesure, de leur histoire de vie et de leurs conditions d’existence avant leur condamnation.
Il y a également des lacunes quant au déroulement concret de l’article 59, notamment en milieu carcéral, avec les expériences des détenus, du personnel soignant et pénitentiaire, des proches...
Avec une meilleure connaissance de la diversité des situations, on va pouvoir débattre de la diversité des besoins et des profils cliniques, des conditions socio-économiques et même des soutiens familiaux ou pas, dont ces personnes peuvent bénéficier. Bref, avoir une vision plus incarnée, plus complexe pour pouvoir envisager des solutions ajustées à chaque profil. Car les mêmes solutions ne sont pas forcément bonnes pour tout le monde.
Vos propos sont souvent très critiques à l’égard du manque de cohérence des mesures légales et de leur application. Vous êtes une scientifique engagée?
Le type de sociologie que je pratique essaye de documenter ce qui est jugé comme un problème à un moment donné dans une société donnée. Par exemple sur l’article 59: quelles sont les connaissances à disposition sur cette mesure? Quelles sont les personnes qui se prononcent sur le bien-fondé ou pas d’un traitement institutionnel d’ordre pénal? Donc, c’est de documenter et comprendre ce qui est en jeu pour ensuite faire une analyse critique de politiques publiques qui peuvent être paradoxales ou provoquer des situations d’injustice.
«Une situation d’injustice qui mérite
d’être dénoncée pour être transformée»
Typiquement, avec l’article 59, le fait de contraindre des personnes avec des troubles psychotiques à cohabiter avec d’autres détenus dans un espace restreint, relève d’une situation d’injustice qui mérite d’être dénoncée pour être transformée.
Oui, mais comment passer de la dénonciation à la transformation du système?
Là, je pense qu’il est vraiment souhaitable que le monde des sciences sociales s’allie à des recherches participatives et citoyennes, ainsi qu’aux praticiens et soignants, aux acteurs et actrices de la société civile, aux personnes concernées et à leurs proches. L’enjeu serait de documenter «par le bas», au plus près des réalités institutionnelles, ce que représente «être sous article 59». D’où l’importance d’analyser tous les effets produits par cette mesure, des effets qui restent très souvent dissimulés.
Vous voulez dire que l’impact de ces mesures nous est volontairement caché?
Ce qui se passe dans les prisons reste très confidentiel. Dès les années 1970, des collectifs ont dénoncé des situations intolérables du point de vue des droits humains, par exemple des personnes souffrant d’addictions soumises à des sevrages non accompagnés. Aujourd’hui, autour de l’article 59, ça se justifie aussi largement de rassembler toutes ces forces et je pense que les sciences sociales peuvent jouer un rôle dans ce mouvement. (NDLR: voir à ce propos les sites de l’Action Maladie psychique et Prison l’Action Maladie psychique et Prison (AMPP-Graap Association) et du Collectif 59 engagés dans la défense des droits des détenus atteints de troubles mentaux).
«Parfois, les institutions n’ont pas intérêt
à ce que certaines pratiques se sachent»
C’est votre responsabilité de chercheuse d’alerter sur ces injustices?
Déjà de documenter ces situations pour autant – et c’est un point important – pour autant qu’on puisse avoir accès au terrain. Effectuer des recherches dans certains lieux n’est pas toujours facile. Des institutions sont plus ouvertes que d’autres. Pour faire admettre leur présence, les chercheurs se heurtent souvent à un certain nombre de conditions, en particulier le fait de ne pas pouvoir tout dire. Parfois, les institutions n’ont pas intérêt à ce que certaines pratiques se sachent.
Un exemple?
Imaginons des mesures d’isolement ou d’autres mesures disciplinaires infligées à des personnes avec des problèmes psychiatriques graves. Si ces situations pouvaient être finement documentées, les rendre publiques pourrait toutefois s’avérer problématique pour l’établissement pénitentiaire.
Vous travaillez souvent avec des historiens. En quoi le recul historique permet-il une meilleure compréhension du problème? Après tout, l’article 59 ne date que de 2007…
Oui, mais c’est saisissant de voir qu’à travers tout le 20e siècle les mêmes questions reviennent avec constance. Pendant des décennies, on a conçu tout une série de projets d’établissements hospitaliers spécifiques à cette population qui relève à la fois de la psychiatrie et du pénal. Et à chaque fois, ces projets ont été abandonnés pour des raisons financières et politiques.
«Pour eux, la solution relevait plutôt de thérapies de groupe et d’un travail sur la vie en collectivité»
Par exemple, dès les années 1960, des psychiatres suisses se sont inspirés des communautés thérapeutiques anglo-saxonnes. Ce concept partait de l’idée que beaucoup de délinquants avec des problèmes psychiques avaient aussi, sinon surtout, des problèmes d’intégration socio-économique et des difficultés à se conformer aux normes sociales. Pour eux, la solution relevait plutôt de thérapies de groupe et d’un travail sur la vie en collectivité avec des tâches à accomplir ensemble, avec des droits et des devoirs. Ces communautés thérapeutiques étaient basées sur le travail et sur la participation des personnes au fonctionnement même du collectif, donc sur quelque chose d’utile à la sortie, ce qui n’est pas le cas des articles 59.
Que sont devenus ces projets?
A Genève, il y a eu le grand projet de sociothérapie de la Pâquerette qui avait une très bonne réputation en Europe et ça marchait. Mais on connaît la suite avec l’affaire Adeline en 2013, la Pâquerette ferme et cela fait 12 ans que la Suisse romande attend la réouverture de quelque chose qui était une des solutions les plus prometteuses.
Donc, les solutions ont déjà été pensées, testées, mais pour des raisons politiques, elles sont abandonnées. C’est comme si cette population appartenait à l’une des catégories les plus indésirables de la société parce qu’elle cumule deux grands stigmates: la transgression de la loi et la maladie mentale.
Cette association entre la folie et les comportements punissables nous renvoie toujours à la grande hantise de la dangerosité. Et là aussi, on manque d’éléments précis pour cerner précisément en quoi consiste cette dangerosité au point de justifier une incarcération à durée indéterminée.
«La dangerosité? On l’agite beaucoup (…) mais, finalement, on ne connaît pas exactement ce que cette dangerosité associée à des pathologies psy, signifie»
On l’agite beaucoup, notamment dans la presse à l’occasion d’affaires retentissantes, mais, finalement, on ne connaît pas exactement ce que cette dangerosité associée à des pathologies psy, signifie. On ignore aussi quelle est l’efficacité réelle, pour les personnes concernées et pour la société, des mesures thérapeutiques prévues dans l’article 59.
Dans une de vos publications, vous citez des cas d’hommes perçus comme psychopathes parce qu’ils n’ont pas un travail fixe. C’était dans les années 1950 et 60…
… Oui et en étudiant leur parcours dans les archives, on constate qu’ils ont simplement vécu dans des conditions extrêmement précaires. S’ils se déplaçaient beaucoup et étaient considérés comme nomades, c’est parce qu’ils étaient engagés comme travailleurs journaliers sur les chantiers. Ils étaient «dangereux» parce qu’ils ne correspondaient pas au parcours de vie attendu en Suisse, c’est-à-dire avoir un travail stable et régulier.
Quelques femmes étaient aussi considérées comme psychopathes et passibles de mesures pénales parce qu’elles avaient un mode d’existence jugé trop libéral ou « immoral » qui ne collait pas au modèle conservateur de l’époque. Ça, on a pu le documenter notamment avec le cas des « filles-mères ».
Mais il serait intéressant de voir en quoi les personnes sous article 59 ne correspondent probablement pas à ce qu’on attend des hommes et des femmes d’aujourd’hui.
Les mentalités ont tout de même beaucoup évolué?
Actuellement, la figure de la dangerosité est en passe d’être associée à tout ce qui relève d’attentats à l’intégrité corporelle et sexuelle. Sauf que l’article 59 couvre toute une panoplie de crimes et délits, tels que des atteintes à la propriété, vols, cambriolages… Si ces délits sont parfois graves, il ne demeure pas moins que les formes prises par les sanctions pénales sont hautement discutables. Se soigner en prison, espérer aller mieux en étant incarcéré… de l’avis quasi unanime chez les professionnels, c’est une mission impossible et paradoxale.
Vous parlez même d’«apories», c’est-à-dire, d’une mesure qui va à contresens du projet initial?
Oui, on peut parler d’un contresens. Cela revient à vouloir soigner dans des conditions qui rendent malade. C’est comme si on obligeait quelqu’un à apprendre à lire en le privant de moyens d’enseignement. Les apories de l’article 59 résultent de la durée indéterminée de la mesure dans le cadre délétère de la prison.
Par ailleurs, certaines personnes avec des troubles psychiatriques sévères restent une année ou deux en détention préventive, confinées 23 h sur 24 en cellule, dans une prison qui peut être surpeuplée, sans prise en charge psychothérapeutique.
«En prison, l’article 59 prive les personnes des possibilités d’amélioration de leur santé mentale…»
Le problème, c’est aussi le non-accès à du travail ou à un projet valorisant qui donne du sens. Le paradoxe c’est qu’en prison l’article 59 prive les personnes des possibilités d’amélioration de leur santé mentale et donc des moyens pour répondre à ce qu’on attend d’elles.
Le fait que les mesures soient reconduites d’année en année pour une durée indéterminée est lourd de conséquences pour les détenus sous article 59. En les privant de perspectives, on en fait «des hommes sans avenir», pour reprendre votre référence à l’analyse du sociologue Pierre Bourdieu. C’est dur, comme constat?
L’article 59 place les personnes dans une mise en attente anxiogène, qui renvoie aux rapports de pouvoir et de domination évoqués par Pierre Bourdieu dans des situations où une personne possède la maîtrise du temps d’une autre personne.
Bourdieu pense entre autres aux chômeurs de longue durée qui multiplient les démarches et les formations pour retrouver du travail sans savoir s’ils vont obtenir une seule réponse positive.
«Chaque personne a sans doute vécu au moins une fois dans sa vie ce moment anxiogène d’attente»
On peut tous connaître de telles situations où l’on est maintenu en attente d’une décision, on n’en dort plus la nuit, on se fait des scénarios A,B,C. Est-ce que je vais avoir cet appartement ou pas, est-ce que je vais obtenir ce travail ou pas… Chaque personne a sans doute vécu au moins une fois dans sa vie ce moment anxiogène d’attente.
Oui, mais de-là à faire de nous des hommes et des femmes sans avenir…
Bien sûr, mais ces sentiments d’angoisse sont à multiplier par 100 chez les personnes sous article 59 soumises, en milieu carcéral, à une attente qui dure des années et des années. Elles se trouvent dans une situation de domination d’autant plus forte qu’elles ne peuvent pas se projeter dans l’avenir. Sans perspectives de réinsertion, elles sont condamnées à vivre au jour le jour. Ce qui les rend d’autant plus vulnérables et provoque des sentiments de révolte, d’injustice, des transgressions avec en retour des sanctions disciplinaires et la confirmation pour les autorités que ces personnes ne sont pas encore prêtes pour une levée de l’article 59.
«Certains arrêts judiciaires laissent clairement voir la mécanique insidieuse qui consiste à imputer aux justiciables la responsabilité de ‘la mise en échec’ des mesures»
Certains arrêts judiciaires laissent clairement voir la mécanique insidieuse qui consiste à imputer aux justiciables la responsabilité de «la mise en échec» des mesures et des traitements prescrits. On leur reproche de ne pas saisir les chances données par les autorités judiciaires sans s’interroger sur leur déroulement et impact réels. Par exemple, le fait d’avoir une consultation avec un psychiatre pèse peu dans la balance lorsqu’on vit la plupart du temps dans un établissement surpeuplé où les tensions sont quotidiennes.
Cela ressemble tout de même à un réquisitoire envers les instances judiciaires, médicales, pénitentiaires?
Non, il ne faut pas non plus avoir une vision angélique de la question en ce sens que les personnes sous article 59 ont parfois commis des actes graves. Mais il s’agit de réfléchir à la manière dont une société punit et avec quelles finalités. Et c’est tout le problème de la durée indéterminée des mesures pour des personnes souffrant de troubles psychiques. L’auteur d’un délit, même grave, connaît la durée de son incarcération. En revanche, avec une sanction à durée indéterminée, la punition se transforme en un châtiment qui est plus de l’ordre symbolique et social que juridique. Une peine supplémentaire vient se rajouter à la punition. Et c’est cette réflexion qu’il faut mener: comment et pourquoi punit-on de cette manière-là?
Il serait aussi intéressant de connaître des histoires «heureuses». Il y a peut-être des personnes sous article 59 qui correspondent davantage à ce qui a été pensé au départ, c’est-à-dire des personnes qui ont réellement bénéficié d’un encadrement thérapeutique, qui ont pu travailler sur leurs difficultés, sur leurs actes et qui ont pu renaître socialement et être accompagnées. Il faudrait comparer ces situations avec celles qui sont très éloignées de cet accompagnement.
C’est en cela que la sociologie peut mettre en évidence les inégalités produites entre ceux qui ont la maîtrise de leur temps et ceux qui en sont durablement privés.
Propos recueillis par Catherine Favre
Un établissement psychiatrique médico-légal à la place de la prison
A quoi pourrait ressembler une institution thérapeutique romande pour les personnes sous main de justice ? Découvrez le projet élaboré par Dominique Marcot, médecin-psychiatre et chef de la filière légale du canton de Neuchâtel.
Tout au long de sa carrière, le médecin psychiatre Dominique Marcot, chef de la filière légale du canton de Neuchâtel, n’a eu de cesse de chercher des alternatives aux discours sécuritaires convenus. Un credo qui ne l’a jamais quitté, que ce soit dans les Unités pour malades difficiles (UMD) en France, au sein d’institutions spécialisées dans les troubles de la personnalité en Allemagne, aux Établissements de la plaine de l’Orbe (EPO) où il a œuvré de 2013 à 2020 et, aujourd’hui, dans les prisons neuchâteloises.
Dans cette perspective, Dominique Marcot a élaboré un concept très concret de Centre thérapeutique forensique pour la Suisse romande. Cette structure médico-légale est destinée aux personnes sous article 59 CP (alinéa 3 mais aussi pour une part alinéa 2) qui sont aujourd’hui systématiquement placées en prison dans des conditions d’incarcération particulièrement néfastes pour leur santé mentale. Un concept novateur inspiré des recherches les plus récentes en matière de science psychiatrique en lequel l’Action Maladie psychique et Prison se reconnaît parfaitement.
Catherine Favre, journaliste RP, AMPP, mars 2025
SOMMAIRE :
- Contexte et concept
- Le Projet, concrètement
- La Plus-value en 9 points
I. Contexte et concept
Pourquoi et pour qui un centre thérapeutique romand ?
Le centre dont il sera question s’adresse aux personnes qui souffrent de graves troubles mentaux et qui sont condamnées à des soins institutionnels en application du Code pénal.
En particulier en Suisse romande et italienne, il y a actuellement trop peu d’institutions capables de fournir un soin répondant à l’objectif du législateur et qui soit à la hauteur des possibilités de la psychiatrie contemporaine.
De ce fait, les personnes sous article 59.3 CP sont quasiment systématiquement placées en prison, alors que la loi indique seulement que « le traitement s’effectue dans un établissement fermé tant qu’il y a lieu de craindre que l’auteur ne s’enfuie ou ne commette de nouvelles infractions. Il peut aussi être effectué dans un établissement pénitentiaire au sens de l’art. 76, al. 2, dans la mesure où le traitement thérapeutique nécessaire est assuré par du personnel qualifié ».
Des exemples à suivre en Suisse alémanique ?
En Suisse alémanique, sept sites proposent un service hospitalier de psychiatrie forensique (Etoine, UPD de Berne ; Clinique de médecine légale, UPK de Bâle, qui dispose aussi d’un service forensique pour mineurs) ; Clinique de psychiatrie médico-légale à Aarau ; Centre de psychiatrie légale de Thurgovie ; Centre de psychiatrie légale des Grisons, à Coire ; Service de psychiatrie légale de Saint-Gall ; Unité de psychiatrie légale, PUK Zurich à Rheinau).
En revanche, il n’existe pas d’établissement psychiatrique approprié en Suisse romande (à l’exception de la prison aménagée de Curabilis). Aucune institution psychiatrique publique ne veut assumer la prise en charge de ces patients.
De 1830 à 2025, même constat !
«L’Etablissement de Réinsertion sécurisé » de Cery, qui devrait ouvrir ses portes prochainement, disposera de 20 places en régime ouvert, pour des personnes sous article 59. Il est possible que ce service, qui n’a pas de vocation concordataire, ne prenne que des personnes relevant de l’Office d’exécution des peines vaudois.
La Station Etoine des Services universitaires de Berne est un service spécialisé dans les prises en charge de patients difficiles, pouvant accueillir des patients détenus de toute la Suisse et prenant en charge également certains PAFA. Son fonctionnement peut être un modèle pour les soins aigus.
Globalement, à ce jour, nous osons dire que nous en sommes revenus au constat que faisait, en 1830, le Dr Charles Albert Perret, médecin vaudois qui estimait qu’il y avait un « besoin pressant d’un établissement particulier pour les incurables, particulièrement pour les incurables dangereux qui devraient pouvoir être enfermés ailleurs que dans une prison ».
« Vivre en milieu carcéral expose ces personnes en particulier à la violence, y compris à la violence sexuelle.»
Les malades psychiques, même auteurs de violences ou porteurs d’une dangerosité, sont des personnes très souvent vulnérables. Et vivre en milieu carcéral (mais pas seulement) expose ces personnes en particulier à la violence, y compris à la violence sexuelle. Cette victimisation est possiblement, entre autres, un facteur favorisant l’apparition ou la chronicisation de troubles psychiques et favorisant aussi le risque pour le patient de devenir à son tour violent, par réaction, par imitation ou par péjoration de son état psychique, ce qui va à l’encontre de l’objectif recherché.
Dans le respect des résolutions internationales
Enfin, le maintien de malades mentaux en prison va contre les résolutions internationales concernant les prisons en les maintenant dans des lieux inadaptés (les pratiques actuelles font que des personnes, même reconnues irresponsables par la justice, mais sous mesure 59, sont placées en prison, parfois pour des années vu la gravité de leurs troubles), d’une manière contraire aux conventions internationales.
S’inspirer de la nouvelle science psychiatrique
Pour toutes ces raisons, nous proposons une prise en charge psychiatrique s’inscrivant contre l’assimilation des malades mentaux dangereux à des délinquants. Un des fondements de la nouvelle science psychiatrique (appelée alors « aliénisme ») était de proposer un « enfermement protecteur », d’une nature radicalement différente de « l’enfermement punitif ».
Comme l’institution psychiatrique du 21ème siècle se veut non coercitive, sans fermeture, et proposant surtout des prises en charge de crise, force est de constater qu’un certain nombre de malades sévèrement et chroniquement atteints risque d’échapper à ce cadre basé sur la capacité du patient à coopérer volontairement et se retrouvent sans prise en charge adaptée dans des structures ouvertes. Leurs cas nécessitent de longs séjours, des cadres bienveillants, apaisés et contenants et un travail institutionnel de longue haleine, dont on peut espérer comme conséquence heureuse, une réintégration responsable dans la société.
Plus d’efficacité avec des économies à long terme
Concrètement, il s’agira de prises en charge au long cours, de populations hétérogènes sur le plan de leurs troubles, et nécessitant parfois des mois, sinon des années (possiblement 3 à 5 ans, voire plus dans le cas de troubles psychotiques graves) jusqu’à une stabilisation pérenne et jusqu’à ce qu’un pronostic favorable en termes de baisse du risque de récidive puisse être posé.
« Un meilleur traitement permet aussi d’économiser les coûts d’une criminalité future, avec moins de victimes et de stigmatisation des malades psychiques. »
La visée de ce concept est aussi de permettre une économicité à long terme par rapport à la prise en charge actuelle, où l’argent public est dépensé pour des années en prison mais pas pour agir sur la problématique de fond. Un meilleur traitement permet aussi d’économiser les coûts d’une criminalité future, avec moins de victimes et de stigmatisation des malades psychiques, car nous estimons que la psychiatrie a un rôle éminemment préventif, y compris de la violence. Enfin, les enjeux éthiques du rapport de notre société aux malades les plus sévèrement atteints procèdent également du fondement de notre réflexion.
La sécurité pour autrui et pour la personne condamnée
Nous nous proposons d’utiliser un modèle hospitalier qui vise ce qui est appelé en psychiatrie le « rétablissement » (par opposition à une utopique « guérison »), tenant compte de la sécurité pour autrui, sans sacrifier totalement la sécurité et le bien-être de la personne malade et condamnée. Ce modèle pourra être articulé avec des objectifs de probation (la réinsertion, la désistance), en accord avec la volonté du législateur mise en œuvre lors de la révision du Code pénal de 2007.
De la phase aiguë à la réinsertion
Il s’agira aussi de proposer un concept de prise en charge qui pourrait accompagner, dans la même institution, le patient dans les trois principales phases de son évolution et de ses besoins, à savoir les unités suivantes : phase aiguë avec un cadre empêchant toute soustraction aux soins, phase de stabilisation et d’activités thérapeutiques ou occupationnelles ou de formation, phase de réinsertion avec accompagnement dans un foyer ouvert ou dans un appartement protégé ou vers un emploi.
Cette continuité n’existe pas dans le paysage éclaté et disparate actuel de Suisse romande. Le passage du patient d’une institution carcérale à l’autre selon les moments de sa maladie et de son évolution pénale, signifie autant de moments de rupture des liens tissés avec l’équipe précédente (ces liens étant les principaux porteurs du rétablissement), de morcèlement, voire de lâchage qui peuvent remettre en cause des états psychiques vulnérables et des stabilités durement acquises, par la charge anxiogène et les capacités d’adaptation que ces transitions sollicitent.
Le modèle du rétablissement, c’est quoi ?
Le modèle du rétablissement (recovery), actuellement de plus en plus appliqué dans les pays anglo-saxons en particulier, veut aussi s’appuyer sur des traditions de psychothérapies institutionnelles, développées par le groupe de travail de psychothérapie et de sociothérapie institutionnelles à partir des années 1960 en France, mais aussi sur l’expérience du Massregelvollzug (qui signifie exécution de mesure dans la terminologie du code pénal allemand) qui existe depuis les années 1930 en Allemagne.
« Permettre à cette personne d’atteindre une stabilité psychique et une réalisation personnelle, le plus souvent en apprenant à vivre avec ses troubles…»
Il importe en effet, non pas seulement d’éradiquer les symptômes ou d’avoir un contrôle extérieur de la personne, mais surtout de permettre à cette personne, à laquelle le code pénal reconnait que ses infractions sont « en lien avec un trouble psychique » (article 59), d’atteindre une stabilité psychique et une réalisation personnelle, le plus souvent en apprenant à vivre avec des troubles qui peuvent durer des années et qui ne peuvent être totalement réduits.
Un modèle qui a fait ses preuves
Le modèle du rétablissement nous parait avoir suffisamment démontré son efficacité, son respect de la dignité de la personne, sa capacité à aller vers la responsabilisation et la reconnaissance sociale et de susciter un désir de réinsertion, mais aussi de surmonter les mécanismes d’isolement, de stigmatisation, d’exclusion et finalement de violence sous toutes ses formes, qui accompagnent souvent la souffrance psychique et la condamnation par la justice.
« Les patients auteurs de violences sont très souvent d’anciennes victimes de violence de toute sorte… »
Il s’agit d’une approche réhabilitative et holistique, humaniste, interdisciplinaire, capable de répondre à la diversité et à la complexité des situations de personnes concernées, dans un cadre institutionnel qui se veut thérapeutique, y compris dans son fonctionnement global. L’équipe de prise en charge devra porter une réflexion clinique toujours active et une capacité de dialogue et d’adaptation avec les personnes sous leur responsabilité. Les patients auteurs de violences sont très souvent d’anciennes victimes de violence de toute sorte, souvent dans leur phase de développement, quand ils étaient vulnérables. Il s’agit de rompre un cycle de répétition de la violence, en proposant une écoute, la possibilité d’exprimer et de travailler son vécu et ses émotions dans un environnement bienveillant car sécurisé.
Priorité à la sécurité des patients et de la société
La sécurité sera considérée prioritairement comme un besoin légitime sinon un droit, celui du sentiment de sécurité de chaque patient, et qui reposera sur des stratégies de communication, de soutien rapproché et d’échange dynamiques. La qualité de l’accompagnement doit viser l’évolution des patients dans un climat apaisant, la prévention des crises et la verbalisation des conflits, les bonnes actions seront valorisées (pas seulement les transgressions punies).
L’environnement devra bien entendu répondre à la sécurité de la société et à une sécurité périmétrique adaptée au type d’unité, mais le concept sécuritaire ne pourra être calqué sur celui d’une prison, qui favorise la soumission disciplinaire et la dissuasion par punition.
Si leur état le permet, les patients devraient pouvoir prendre certaines responsabilités, avoir des activités ou des occupations porteuses de sens, s’engager dans des formations, bénéficier de congés et de stages dans des entreprises.
II. Le Projet, concrètement
Concrètement, à quoi pourrait ressembler cet établissement de soins en santé mentale ?
- Le Centre forensique romand devra pouvoir accueillir des hommes et des femmes, exceptionnellement des adolescents (à partir de 15 ans par exemple), souffrant de tous types de troubles mentaux (maladies, handicap, etc.).
- Pour la Suisse romande, une structure disposant de 50 à 60 places pour des articles 59 et de 10 places pour des articles 61 pourrait répondre aux besoins, au vu du nombre actuels d’article 59, chiffre en augmentation constante dans certains cantons (Vaud par exemple).
- L’admission devra se faire sur demande des autorités, des hôpitaux ou du patient lui-même, elle sera décidée par la direction médicale sur des critères médicaux, les autorités responsables donneront leur accord dans un second temps.
- Un retour dans l’institution antérieure, voire en prison devra toujours être possible sur décision médicale, un engagement de reprendre le patient par l’institution qui l’adresse pourrait être à formaliser.
- Le centre forensique romand s’adressera en premier lieu aux personnes sous article 59, mais l’existence de dispositifs de formations suffisant pourrait permettre d’accueillir le public visé par l’article 61 (numériquement important dans la population pénale), et il pourra aussi proposer un lieu faisant office de foyer, qui bénéficiera de la proximité des unités de soins.
- Des détenus sous article 64 et âgés devraient également pouvoir être accueillis dans une unité visant à leur proposer une qualité de vie meilleure (et permettant une pris en charge des dépendances) qu’en détention pour des séjours de très longue durée.
- Des patients en détention avant jugement mais psychiquement inaptes à la détention ou des patients qui ne sont pas sous main de justice mais sous PAFA ou volontaires pourraient également être accueillis si leur symptomatologie nécessite transitoirement une prise en charge sécurisée.
- Enfin, l’unité d’hospitalisation sécurisée pourra servir de lieu d’observation pour expertises pénales ou civiles.
Quatre pôles pour une seule institution
L’institution pourrait s’articuler autour quatre pôles :
- Pôle de soins particulièrement sécurisés (15 lits), pour stabiliser (durant 6 mois à 2-3 ans) les patients souffrant de pathologies psychiatriques décompensées : modèle Unité Étoine à Berne. La sécurité sera périmétrique, avec possibilité d’un renfort d’agents sécuritaires sur demande des soignants ;
- Pôle de réhabilitation psycho-sociale (15 à 20 lits), dans un environnement fermé, avec des activités thérapeutiques ou occupationnelles variées (voire productives) combiné à des sorties encadrées en milieu libre : modèle de la réhabilitation par le travail, possibilité de formations diplômantes ;
- Pôle de réinsertion (15 à 20 lits), pour les patients pouvant évoluer dans un environnement semi-ouvert, avec un travail sur la transition vers l’extérieur, avec un réseau de foyers dans toute la Suisse romande, d’entreprises pouvant être des lieux de stages et de formation, d’infirmiers case-managers, possibilité d’un externat de travail ;
- Pôle de longs séjours (15 lits), dans un encadrement fermé (et ouvert), pour les situations ne répondant pas aux propositions des autres pôles et sans perspectives de sortie à long terme, autrement dit une structure sécurisée mais suffisamment différente du milieu carcéral pour permettre une qualité de vie de type foyer, avec aménagements pour les personnes âgées ou handicapées, avec possibilité d’activités occupationnelles ou productives, de sorties encadrées, mais dont l’environnement devra être fermé ou sécurisé. Un tel pôle pourrait être mis en place dans un second temps.
« Chaque patient sera au bénéfice d’un plan de soin, s’intégrant dans son plan d’exécution de la sanction. »
L’importance d’approches complémentaires
Chaque patient sera au bénéfice d’un plan de soin, s’intégrant dans son plan d’exécution de la sanction. Quelques ateliers de productions, avec rémunération, pourraient avoir leur place, pour des patients qui en seraient (devenus) capables. On peut concevoir des activités de sous-traitance, et un magasin pour vendre au public des productions du Centre.
La prise en charge adéquate des troubles mentaux graves sera au premier plan, mais des approches complémentaires s’adressant aux diverses problématiques de violences, de développement de l’empathie, des aptitudes sociales compléteront l’offre de soin et faisant appel à des professionnels d’horizons divers.
Intervention de pairs-aidants et collaboration avec les proches
Le centre forensique romand développera également des partenariats avec des consultations et services spécialisés pour ajuster les prises en charge lors de problématiques spécifiques (autisme adulte, démence, addictions, etc.). L’intervention de pairs-aidants ou donnant une place centrale aux personnes concernées (groupes de paroles entendeurs de voix, alcooliques anonymes, etc.).
« L’information aux proches sera un axe important, de sorte à aider le système familial dans la prise en charge du patient.»
Des liens avec des groupes de soutien aux proches de malades psychiques (type GRAAP ou ANAAP), et des rencontres, voire des thérapies avec les proches devraient être possibles. L’information aux proches sera un axe important, de sorte à aider le système familial dans la prise en charge du patient.
Les ateliers et la formation, avec des maîtres socio-éducatifs, y tiendront une place de choix dans le quotidien des patients qui sera aptes à y trouver une perspective et un sens, en particulier les plus jeunes (dans l’esprit de l’article 61 CP), sur place mais aussi en lien avec des entreprises extérieures.
Jardinage, sport, méditation, yoga…
Un travail avec des animaux (de type médiation animale, éducation canine) et de jardinage (jardin thérapeutique) pourrait être un axe, permettant d’allier activité physique et capacité à développer des liens avec d’autres formes de vie, qui se révèlent toujours porteuses de sens, voire avec une plus-value thérapeutique.
La méditation (relaxation, mindfulness, yoga, sophrologie, Vipassana) et des thérapies spécifiques (chambre Snoezelen) seront encouragés.
Les sports seront également une offre, sous la conduite de maîtres de sport. Les sports proposés viseront à favoriser le bien-être physique et la maîtrise de soi. Des approches thérapeutiques via le sport (par exemple psychoboxe, tchoukball, escalade, etc.) seront favorisées.
Des sorties seront aussi régulièrement pratiquées, en groupe ou en individuel, pour favoriser le lien avec la société.
La spiritualité y aura aussi une place, comme soutien et prise en compte d’une dimension importante de l’être humain, avec lieu de prière œcuménique et aumônerie.
L’architecture devra (…) être pensée comme un outil thérapeutique, selon les recherches les plus actuelles sur les liens entre neurosciences et architecture.
L’architecture du centre devra favoriser le bien-être et le sentiment de sécurité des résidents et des employés et être pensée pour être un outil thérapeutique, selon les recherches les plus actuelles sur les liens entre neurosciences et architecture.
Des évaluations scientifiques rigoureuses
Des évaluations scientifiques et des études, tant médicales, forensiques que criminologiques, devront pouvoir être régulièrement réalisées, pour permettre à la fois une vision la plus objective possible et régulière de l’adéquation des moyens et des buts. Un regard tiers ne peut qu’améliorer continument les pratiques, à soutenir l’innovation thérapeutique et à favoriser l’échange scientifique et la reconnaissance du travail accompli. La prévention du passage à l’acte sera un point important du travail scientifique que permettra l’existence du centre.
III. Les plus-values en 9 points
- Enjeux de sécurité et de santé publiques,
- Traitements de situations complexes et prévention du passage à l’acte,
- Répondre à la demande du législateur dans sa révision du code pénal de 2007,
- Baisse des coûts liés à l’activité délinquante et criminelle,
- Intégration des personnes condamnées au tissus socio-économique,
- Meilleure sécurité de la population, dé-stigmatisation des malades psychiques ayant présenté un danger pour autrui,
- Soulager les prisons de la prise en charge des malades les plus atteints,
- Valorisation de l’image et attractivité du CNP, du canton.
- Rentabilité financière par une facturation avantageuse aux autorités qui adressent leurs condamnés (en cas de structure cantonale neuchâteloise)
Bibliographie
Prison vs. hospital for offenders with psychosis; effects on reoffending, A. Igoumenon, C. Kallis, N. Huband, O. Haque, J. W. Coid, C. Duggan, The Journal of Forensic Psychiatry & Psychology, vol 30, 2019, Issue 6, p. 939-958, published online 07 August 2019
Anordnung und Vollzug stationärer therapeutischer Massnahmen gemäss Art. 59 StGB mit Fokus auf geschlossene Strafanstalten bzw. geschlossene Massnahmeneinrichtungen Studie zuhanden der Nationalen Kommission zur Verhütung von Folter (NKVF) Jonas Weber Jann Schaub Corinna Bumann Kevin Sacher Bern, 28. August 2015 Nachträglich punktuell ergänzt um Hinweise zu BGE 142 IV 1 (Urteil des Bundesgerichts 6B_708/2015 vom 22. Oktober 2015)
Cristina Ferreira et Ludovic Maugué, « Prévenir le risque de récidive par l’obligation de soins : les apories de l’article 59 du code pénal suisse », Champ pénal/Penal field [En ligne], Vol. XIV | 2017, mis en ligne le 17 février 2017, consulté le 23 octobre 2020. URL : http://journals.openedition.org/champpenal/9473 ; DOI : https://doi.org/10.4000/champpenal.9473
https://www.skjv.ch/fr/pratique/themes-dactualite/monitorage-de-la-privation-de-liberte
Rapport monitorage des capacités 2016 https://www.skjv.ch/sites/default/files/documents/20171231%20Forensik%20F_version2.pdf
Müller, J.L., Saimeh, N., Briken, P. et al. Standards für die Behandlung im Maßregelvollzug nach §§ 63 und 64 StGB. Forens Psychiatr Psychol Kriminol 12, 93–125 (2018). https://doi.org/10.1007/s11757-017-0445-0
«Le Forcené de Bienne», un autre regard
Licenciée en Sciences Naturelles à la retraite, membre du Comité du Graap-Association, Jacqueline Couthon a mis ses talents relationnels au service de la communication de notre association. Tout naturellement, elle s’est piquée au jeu et a officié comme documentaliste pour le Festival. Notamment en préparant avec la minutie qui la caractérise, les esquisses des 37 biographies que vous trouvez finalisées sur la page web. Avec succès, elle s’est risquée à rédiger la compilation d’articles de presse de 2010 aux plus récents, concernant Peter K. En conclusion, elle y ajoute ses commentaires. Le tout éclairé par son point de vue personnel.
Le film « Peter K., seul contre l’État », projeté en ouverture du festival (le 4 avril 2025 au Casino de Montbenon) est emblématique des causes que nous défendons dans le cadre de l’Action Maladie Psychique et Prison.
Avec ce film, le réalisateur Laurent Wyss revient sur un fait divers qui avait tenu en haleine le public en septembre 2010 : la plongée aux enfers et la traque par toutes les polices du canton de Berne de celui que les médias avaient surnommé "le forcené de Bienne". Menacé d’être expulsé de sa maison manu militari, l’homme, atteint de délires paranoïaques depuis l’adolescence, avait tiré sur un policier avant de prendre la fuite.
Arrêté huit jours plus tard, Peter K., jugé irresponsable au moment des infractions, a été soumis à un traitement thérapeutique en établissement fermé compte tenu des risques de récidive liés à sa pathologie. Sanction que le Biennois n’a cessé de contester jusqu’au Tribunal fédéral, épuisant toutes ses voies de recours.
Mais qui est vraiment cet homme en révolte ?
Catherine Favre, journaliste RP, AMPP, mars 2025
SOMMAIRE
I. Ce qu’en ont dit les médias (extraits)
II. Deux interviews de Peter K. qui nous en apprennent plus sur lui-même
III. Une longue bataille judiciaire, résumée en six dates
IV. Quelques réflexions en guise de conclusion
I. Ce qu’en ont dit les médias (extraits)
20 min.ch, 8 sept. 2011
«Si j'avais agi autrement, je serais mort»
Peter K. ne regrette pas d'avoir blessé un policier d'un coup de fusil. Rappelant qu'il a «été attaqué par 200 soldats d'élite armés jusqu'aux dents», il souligne que «lorsque quelqu'un fait l'usage de la force armée pour agresser autrui, qu'il ne se plaigne pas ensuite s'il attrape une bosse!».
24 Heures/ats, 08 mars 2012
Le ministère public régional renonce à inculper le prévenu Peter K. L'expertise psychiatrique estime que le prévenu ne peut être jugé responsable de ses actes, car il souffrait d'importants troubles mentaux.
Le Temps, 8 mars 2012
L’instruction pénale de l’affaire du forcené de Bienne, Peter K., qui avait grièvement blessé un policier en septembre 2010, avant de prendre la fuite et de n’être arrêté que huit jours plus tard, est terminée. Le procureur de l’arrondissement du Jura bernois et du Seeland n’a pas rédigé d’acte d’accusation, malgré les préventions de tentatives de meurtre et de lésions corporelles graves.
Il rejoint les conclusions de l’expertise psychiatrique qui affirme que Peter K. souffrait, au moment des faits, d’importants troubles délirants, ne lui permettant pas de se rendre compte de l’illicéité de ses actes. Le ministère public demande au juge de prononcer un traitement thérapeutique stationnaire en établissement fermé, « pour éviter que le prévenu ne commette d’autres actes en relation avec ses troubles mentaux ».
RTS Info, 07 janvier 2013
Philipp Kunz est son avocat commis d’office. Mais Peter K. assume lui-même sa défense. Selon le journaliste, « il est pathétique dans la manière de se défendre : dans ses réponses cela part souvent dans tous les sens ; son avocat d’office a plusieurs fois secoué la tête ».
24 Heures, 11 janvier 2013
Assumant lui-même sa défense même s'il bénéficie d'un avocat commis d'office, Peter Hans Kneubühl s'est lancé vendredi dans une longue digression politique sur l'oppression du peuple par l'État et la police, citant au passage «1984 », célèbre roman de George Orwell évoquant le régime totalitaire.
Le retraité se présente comme un homme qui mène un combat solitaire contre ceux qui l'oppriment et veulent le faire taire. « Je ne suis pas quelqu'un qui s'allonge et se met à pleurer devant la police », a-t-il souligné. Le sexagénaire semble souvent enfermé dans sa vision de la réalité mais reste cohérent dans son argumentation.
Durant le procès, il n'a pas répondu aux questions portant sur sa fuite ou sur les coups de feu tirés en direction des policiers. Il a inlassablement répété qu'il s'était défendu face à une agression sans jamais exprimer un regret pour avoir grièvement blessé un policier. Il a jugé disproportionnés les moyens déployés pour l'appréhender, évoquant selon lui une guerre.
Pour le procureur Andreas Jenzer, celui que l'on a désigné sous le nom de forcené doit être déclaré irresponsable de ses actes. Il a sans surprise suivi les conclusions de la psychiatre et préconisé un traitement thérapeutique stationnaire dans un établissement fermé en raison du risque de récidive et de la dangerosité.
Pour son avocat commis d'office, le retraité doit au contraire être reconnu responsable de ses actes. Philipp Kunz appelle le Tribunal Jura bernois-Seeland à renvoyer le cas au Ministère public pour qu'il instruise un second procès où le «forcené» serait désormais jugé pour les délits qui lui sont reprochés et pas sur son état mental et savoir s'il est responsable ou non de ses actes.
L'avocat a tenté de démontrer que son client a agi pour des motifs politiques et pas dans un état de troubles psychiques. Philipp Kunz a relevé que Peter Hans Kneubühl avait agi de façon cohérente et avait anticipé l'arrivée de la police.
24 Heures, 18 janvier 2013
Le forcené de Bienne veut faire recours
Le Tribunal régional Jura bernois-Seeland conclut à l’irresponsabilité de Peter Hans Kneubühl et à la nécessité d’une mesure thérapeutique institutionnelle (les juges biennois suivent l’avis des psychiatres) en milieu fermé (placement dans une institution psychiatrique fermée).
Pour la justice, il s'est rendu coupable à cinq reprises de tentatives de meurtre pour avoir tiré sur des policiers. Face au risque de récidive évoqué par l'expertise, le tribunal a ordonné un traitement thérapeutique stationnaire, dans un milieu fermé tant qu'il y a lieu de craindre que l'accusé ne commette de nouvelles infractions.
Peter K veut faire recours, car il veut être reconnu pleinement responsable mais pas coupable.
20 Min, 19 nov. 2013
Peter K. absent à son procès en appel
L’homme surnommé le forcené de Bienne refuse de comparaître devant la Cour suprême bernoise. Il veut ainsi protester contre le refus du tribunal de donner suite à certaines de ses requêtes. L'avocat a rappelé la position de son client qui veut être reconnu responsable de ses actes mais pas pour autant coupable.
La Cour suprême ne devait pas refaire le procès sur la responsabilité des actes du retraité mais juger si la peine déterminée en première instance était la plus adaptée à la situation.
RTS Info, 20 nov. 2013
Confirmation du verdict par la Cour Suprême
La Cour suprême du canton de Berne a confirmé mercredi que Peter K., le retraité qui s'était joué de la police à Bienne en 2010, était irresponsable de ses actes.
RTS.ch, 7 janvier 2014
Peter K. va faire appel au Tribunal fédéral...
"Je ne peux accepter ce jugement corrompu de la Cour suprême, c’est pourquoi j’irai au Tribunal fédéral. Comme nous le savons tous, le Tribunal fédéral ne réserve aucune surprise"
RTS.ch, 15 oct. 2014
Echec du dernier recours du "forcené de Bienne"
Le Tribunal fédéral a rejeté mercredi l'ultime recours du retraité biennois. Il a confirmé le verdict de la Cour suprême bernoise.
RJB.ch, 21 fév. 2017
Peter K pourrait être nourri de force
Voilà plus d’un mois que Peter K refuse de manger. Celui qui a été surnommé « le forcené de Bienne » proteste notamment contre son transfert de prison et souhaite retourner dans celle de Thoune. Mais ses motivations ne s’arrêtent pas là, selon Werner Strik, directeur de la Clinique universitaire de psychiatrie et psychothérapie des Services psychiatriques universitaires de Berne, établissement dans lequel est aujourd’hui interné Peter K.
Le « forcené de Bienne » est très décidé, affirme Thomas Freytag, le chef de l’Office de l’exécution judiciaire du canton de Berne. L’objectif pour tout le personnel qui est à son chevet, c’est de trouver la réelle motivation de la grève de la faim qu’il mène pour le sortir de là rapidement.
« Nous devons résoudre cette situation », clame-t-il. Pour ce faire, la justice et les médecins vont travailler main dans la main. Le canton de Berne ne veut en effet pas connaître avec Peter K une situation analogue à celle du chanvrier Bernard Rappaz en 2010. « Nous souhaitons y arriver ensemble », a conclu le chef de l’Office de l’exécution judiciaire du canton de Berne.
RJB.ch, 6 mars 2020
Internement du retraité biennois Peter K.
Le retraité biennois qui s'était joué pendant plus d'une semaine de la police en 2010 sera interné. Le Tribunal régional Jura bernois-Seeland à Bienne a suivi la requête de la Section de la probation et de l'exécution des sanctions pénales du canton de Berne.
Cette autorité a formulé cette demande estimant que la poursuite des mesures thérapeutiques institutionnelles prises à l'égard du détenu est vouée à l'échec. Celui que l'on avait surnommé le 'forcené de Bienne' refuse en effet toute thérapie psychiatrique ou traitement médical.
L'internement ordinaire peut être prononcé si en raison d'un grave trouble mental chronique ou récurrent en relation avec l'infraction, il est 'sérieusement' à craindre que l'auteur ne commette d'autres infractions et que les mesures thérapeutiques institutionnelles ne débouchent sur aucun résultat.
L'objectif de cette mesure est de protéger la population d'un risque de récidive. Selon les experts, cet homme vit dans son propre monde et n'a pas conscience d'être malade. Lors de son procès en 2013, il avait dit être victime d'un Etat policier. Cette semaine, il n'a pas assisté à l'audience, restant dans sa cellule à la prison de Thoune.
RJB.ch, 27 avril 2021
Affaire Peter K.: recours au Tribunal fédéral
Le retraité biennois qui s'était opposé par la force à la vente forcée de sa maison en 2010 a fait recours auprès du Tribunal fédéral (TF) contre son internement. Peter K. conteste le jugement rendu par la Cour suprême du canton de Berne, a indiqué mardi le TF. La plus haute juridiction bernoise avait rejeté, en février dernier, le recours de l'accusé, confirmant ainsi la mesure décidée par le Tribunal régional Jura bernois-Seeland. La défense avait alors laissé entendre que le septuagénaire biennois porterait cette affaire devant le Tribunal fédéral.
L'internement ordinaire peut être prononcé si en raison d'un grave trouble mental chronique ou récurrent en relation avec l'infraction, il est "sérieusement" à craindre que l'auteur ne commette d'autres infractions et que les mesures thérapeutiques institutionnelles ne débouchent sur aucun résultat. L'accusé a toujours refusé de suivre toute thérapie psychiatrique ou traitement stationnaire.
Arrêt du 23 juin 2021 : Rejet du recours
Tribunal fédéral - Communiqués de presse
Recours infructueux d’un retraité biennois contre son internement ; celui-ci s’était opposé à la vente aux enchères de sa maison par la force des armes à Bienne en 2010.
On ne voit pas non plus en quoi l'instance précédente n'aurait pas dû partir du principe d'un risque de récidive pertinent au sens de la loi. Elle aborde les évaluations médicales spécialisées, les apprécie soigneusement et motive de manière objective et rigoureuse pourquoi il n'y a aucune raison de remettre en question le pronostic de récidive selon l'expertise du 15 novembre 2019, y compris les explications orales de l'expert lors des débats de première instance, ou même de demander une expertise générale. Par la suite, elle part, sans violation du droit, d'un risque élevé de récidive pour d'autres infractions graves contre la vie et l'intégrité corporelle.
La conclusion de l'instance inférieure quant à l'incapacité de traitement du requérant n'est pas contestable. Compte tenu du fait que toutes les tentatives de traitement ou les tentatives d'obtenir ne serait-ce qu'une disposition à suivre une thérapie doivent être considérées comme ayant échoué en raison d'un refus total de la part du recourant et que les possibilités de thérapie disponibles pour traiter le trouble psychique doivent être considérées comme épuisées, elle pouvait, sur la base de l'évaluation des experts, considérer le recourant comme non accessible à un traitement dans le cadre d'une mesure selon l'art. 59 CP.
Le Matin, 16 juillet 2021
Le Tribunal fédéral confirme l'internement de Peter K.
Le « forcené de Bienne » avait fait recours contre la décision de la justice bernoise de le garder enfermé à cause d’un fort risque de récidive. En vain.
En 2013, la justice bernoise avait conclu à son irresponsabilité et ordonné son internement dans une institution psychiatrique. Il avait déjà fait recours alors au Tribunal fédéral et avait perdu en 2014. L’homme s’est toujours refusé à suivre un traitement et le Tribunal régional Jura bernois-Seeland a décidé de son internement ordinaire en mars 2020 à cause d’un risque de récidive. Peter Hans Kneubühl, c’est son nom, a déposé un recours contre cette décision, mais il a été débouté par la Cour suprême bernoise en février dernier.
Il n’a pas eu davantage de chance devant Tribunal fédéral, qui le déboute également. Le TF estime dans un arrêt daté du 23 juin, que « La Cour suprême a traité de la cause en détail et sous tous ses aspects. Elle a constaté à juste titre l’existence d’un trouble mental d’une gravité particulière, dont l’intéressé continue de souffrir. La Cour suprême pouvait de surcroît retenir un risque élevé de récidive de nouvelles infractions graves contre la vie et l’intégrité physique. En outre, c’est de manière exempte de critique que l’autorité précédente a conclu que l’homme était inaccessible à un traitement et a considéré que l’ingérence dans ses droits fondamentaux était proportionnée au regard du pronostic de récidive ».
II. Deux interviews de Peter K. qui nous en apprennent plus sur lui-même
Blick, 7 juin 2021
Au parloir avec le « forcené de Bienne »
Voilà plus de dix ans que le retraité le plus célèbre de Suisse est en prison. Il évoque l'amour, ses amis et ses funérailles.
« Rien ne me manque, la liberté a de toute façon disparu ». « Je vais continuer à me battre. Je n’accepterai pas les verdicts. »
« Si j’avais un jour de liberté, je rejoindrais une organisation environnementale qui lutte contre le réchauffement climatique. »
Blick, 7 nov. 2022
Le «forcené de Bienne», prisonnier de son propre monde
Face à ce senior courtois, on oublie presque que nous avons affaire à un criminel.
Il a choisi ses conditions de détention. Pourquoi vouloir s'infliger un tel traitement ? La raison est simple : en changeant de prison, Peter Hans Kneubühl aurait l'impression d'accepter sa peine. Et donc sa culpabilité. Il veut donc rester au pénitencier qui héberge les détentions provisoires. Peter K veut que son cas soit réexaminé.
Un lourd secret de famille (inceste de sa sœur) a plongé Peter Kneubühl dans un conflit intérieur profond et qu'il a dû se sentir coupable, puisqu'il n'a pas trouvé la force d'outrepasser le silence de ses parents. C'est ce qui a déclenché les troubles de l'homme, selon la psychiatre.
Le directeur de la prison régionale de Thoune a su gagner sa confiance.
Reste une grande question : sortira-t-il un jour de l’internement ? Il y a deux issues. Soit il accepte son état et suit une thérapie, soit il devient sénile et incapable de discernement. Le principal concerné perçoit une troisième voie : celle d'une « juste » libération. Mais ne comptez pas sur lui pour accepter une once de culpabilité.
III. Une longue bataille juridique, résumée en six dates
- En septembre 2010, un retraité biennois s’était opposé par la force à la vente aux enchères de sa maison. Il avait blessé grièvement un policier et des centaines d'autres avaient été mobilisés. Lors de l’instruction, une psychiatre a diagnostiqué chez Peter Kneubühl un délire paranoïaque persistant. Dès lors la question s’est posée de savoir s’il allait être inculpé ou jugé comme irresponsable et placé dans une clinique psychiatrique. Prévenu de multiples tentatives de meurtre et de lésions corporelles graves, celui que l'on a surnommé le « forcené de Bienne » est incarcéré à la prison de Bienne en raison du risque de récidive évoqué par l’expertise.
- En mars 2012, sur demande du Ministère public, le Tribunal de Bienne le condamne à suivre un traitement thérapeutique stationnaire en milieu fermé. Peter K. refuse cependant tout traitement psychiatrique.
- Janvier 2013, Peter K. décide d’assure lui-même sa défense alors qu’on lui a attribué un avocat commis d’office ; il veut être reconnu pleinement responsable mais pas coupable. Philipp Kunz, son avocat, essaie de démontrer que son client a agi pour des motifs politiques et non pas en état de trouble psychique profond.
Les juges du Tribunal régional Jura bernois-Seeland suivent l’avis des psychiatres et concluent à l’irresponsabilité de Peter Kneubühl et à la nécessité d’une mesure thérapeutique institutionnelle en milieu fermé. Il devra être placé dans une institution psychiatrique fermée. Il est interné à la prison de Thoune. - En 2017, Peter K. fait une grève de la faim pour protester contre son transfert à la prison de Thorberg. Il souhaite retourner à celle de Thoune où il se trouve pourtant soumis au régime de détention le plus dur de Suisse, normalement réservé aux individus en détention provisoire.
- En mars 2020, le Tribunal régional Jura bernois-Seeland à Bienne prononce l’internement de Peter K. Il a suivi la requête de la Section de la probation et de l'exécution des sanctions pénales du canton de Berne qui a formulé une demande d’internement ordinaire, estimant que la poursuite des mesures thérapeutiques institutionnelles prises à l'égard du détenu est vouée à l'échec car il refuse toute thérapie psychiatrique ou traitement médical.
- Arrêt du 23 juin 2022 : Peter K. fait recours auprès du Tribunal fédéral, mais en vain. En effet, dans son arrêté du 23 juin 2021 le TF confirme l’internement, « considérant le recourant comme non accessible à un traitement dans le cadre d'une mesure selon l'art. 59 CP ».
IV. Quelques réflexions en guise de conclusion
Au bout du compte, depuis les faits commis en 2010 jusqu’à aujourd’hui, Peter Kneubühl aura toujours été considéré comme irresponsable de ses actes car mentalement perturbé, ce qu’il réfute absolument. Son refus d’être traité le rend dangereux pour la société de l’avis des juges, car il pourrait récidiver.
Vraiment ?
Des circonstances particulières (un stress énorme causé par le conflit avec sa sœur et la brutalité de l’assaut par la police) ne sont-elles pas une explication au « pétage de plomb » qui a mené Peter K. au drame de septembre 2010 ?
On sait aussi maintenant ce qui a pu causer le trouble psychique de Peter Kneubühl (l’inceste familial). Dans son arrêt du 23 juin 2021 le TF mentionne que les possibilités de thérapie disponibles pour traiter le trouble psychique doivent être considérées comme épuisées.
Était-ce vraiment le cas ? Il est vrai que nous ne pouvons pas savoir ce qui a été tenté en matière de projet thérapeutique, mais on sait que les thérapies en prison visent à réduire le risque de récidives et que les établissements pénitentiaires n’ont guère les moyens d’offrir des thérapies pointues découlant du diagnostic.
On sait cependant que Peter Kneubühl a été hospitalisé dans les services psychiatriques universitaires de Berne pendant sa grève de la faim. Les médecins l’avaient alors trouvé ouvert au dialogue et ayant « une réelle chance avec la thérapie ». Il a effectivement mis fin à sa grève de la faim. Et il a obtenu ce qu’il voulait : retourner à la prison de Thoune.
Comme le relève le titre de l’interview du Blick en 2022 : Peter K. est prisonnier de son propre monde.
Cela lui vaut-il l’enfermement à vie ?
Jacqueline Couthon
Le prof. Bruno Gravier
s’inquiète des dérives sécuritaires
de l’article 59 du CPS
Propos recueillis par Catherine Favre
Comment se soigner en prison et… en sortir ?
«Vous faites partie de la punition !» Ces mots, un détenu sous article 59, les a balancés un jour à la tête du psychiatre Bruno Gravier, fondateur et médecin chef du Service de médecine et de psychiatrie pénitentiaires du canton de Vaud (SMPP) de 1991 à 2019. C’est dire toute la complexité des prises en charge thérapeutiques en milieu carcéral.
L’AMPP est heureuse d’accueillir le professeur Bruno Gravier au débat d’ouverture du festival, « Tous ensemble, c’est plus sûr » (vendredi 4 avril à 11h30). A la suite de la projection du film « Peter K., seul contre l’État » et d’un dialogue croisé avec le public, Bruno Gravier et cinq autres experts de tout horizon partageront leurs expériences, leurs connaissances et leurs points de vue sur les réponses à apporter aux patients atteints de graves troubles mentaux sous main de justice. Vaste débat pour une question brûlante d’actualité pour toutes les personnes contraintes d’exécuter une mesure thérapeutique institutionnelle dans des établissements pénitentiaires dépourvus des structures adéquates.
Pour mieux cerner la problématique, nous republions l’interview de Bruno Gravier paru en trois parties sur le site de l’AMPP à l’occasion du Café Prison 2024.
Entretien avec le psychiatre Bruno Gravier
Sommaire
I. Les dérives sécuritaires de l’article 59
II. J’ai essayé, oui j’ai essayé de ne pas perdre ma boussole éthique
III. Gare au populisme pénal
I. Les dérives sécuritaires de l’article 59
Voix douce. Regard tranquille. Et un sourire aimable au coin des lèvres. Bruno Gravier est un homme de dialogue, très à l’écoute, tout en nuances. Mais qu’on ne s’y trompe pas. S’il s’agit de défendre le droit des patients sous main de justice, le psy ne tergiverse ni sur la déontologie, ni sur le secret médical. Y compris en pleine tourmente d’affaires très médiatisées.
Professeur honoraire à l’Université de Lausanne, président du Comité européen du droit éthique et psychiatrie (CEDEP), auteur de plusieurs textes de référence, l’ancien chef de la médecine pénitentiaire du canton de Vaud jette un regard critique et éclairant sur «le petit internement» dans une récente publication: «La psychiatrie forensique en Suisse: au risque de l’instrumentalisation sécuritaire et positiviste», éditions Médecine et Hygiène (in Déviance et Société 2023/3, pages 435 à 475). Pour accéder au texte, cliquer ici.
Une chose est sûre, après 30 ans de médecine pénitentiaire contre vent et marées, Bruno Gravier a conservé intacte sa volonté de bâtir des ponts entre l’univers carcéral et le monde médical, de dénoncer les failles du système législatif et judiciaire, en particulier l’article 59 du Code pénal qui permet de maintenir en prison pendant de longues années des personnes atteintes dans leur santé mentale. Entretien.
Bruno Gravier, vous avez la dent dure à l’égard du système judiciaire. Dans votre dernière publication, vous écrivez: «Pour les magistrats, avocats et acteurs du monde pénitentiaire, le terme «thérapie» est souvent employé en parfaite méconnaissance». Vraiment, les juges ne comprennent rien à la psychiatrie?
Ce n’est pas ce que je veux dire. Le problème, c’est la façon dont le législateur a introduit la notion de «traitement institutionnel». Les juges font de leur mieux pour essayer de juger avec les outils à disposition en gardant à l’esprit la sécurité de la société. Ils s’aident des expertises psychiatriques pour essayer de cerner le fonctionnement psychique de la personne mais n’ont pas beaucoup de repères pour comprendre ce que l’on peut attendre d’une thérapie dans ce domaine particulier.
Il n’y a pas une méconnaissance, mais une absence de définition du terme de «thérapie» par le législateur. Celle-ci devient une sorte d’auberge espagnole où chacun y met ses propres représentations, ses déductions, ses attentes et son idée de ce que le soin psychiatrique peut apporter.
»Alors, effectivement, dans le cadre d’affaires au fort retentissement médiatique ou émotionnel, la tentation est grande d’utiliser cette disposition du code pour garder la personne très longtemps sous main de justice en privilégiant sa dimension sécuritaire, le temps qu’un hypothétique traitement fasse son œuvre.
«Le terme de ‘thérapie’ devient une sorte
d’auberge espagnole…»
Aujourd’hui, on a l’impression que la dimension sécuritaire prend toute la place ?
L’article 59 devrait d’abord rester une mesure à visée thérapeutique. Pour des patients souffrant de lourdes pathologies chroniques, une mesure institutionnelle peut avoir une certaine utilité et permettre une véritable inscription dans un traitement.
Le problème réside dans son utilisation maintenant très extensive. Dès lors, l’ensemble du processus, de l’expertise au jugement et à l’application de la peine, finit par prendre une orientation très sécuritaire par l’impossibilité d’atteindre l’idéal thérapeutique escompté, car souvent inaccessible, ce qui prolonge la durée de la privation de liberté.
Vous vous inquiétez aussi des expertises psychiatriques orientées de plus en plus sur l’évaluation de la dangerosité et des risques de récidive, cela au détriment des aspects thérapeutiques et du droit de tout patient à être soigné.
Ce ne sont pas les expertises qui se font au détriment des aspects thérapeutiques. Une expertise n’a pas de vocation thérapeutique. C’est la façon dont l’utilisation d’échelles statistiques de l’évaluation du risque va surdéterminer la dangerosité du prévenu et laisser peu de place à l’évaluation clinique de ce qui peut être mobilisé.
Ces outils actuariels deviennent un peu les tables de la loi des expertises au détriment, effectivement, d’une réflexion plus clinique.
«Ces échelles statistiques deviennent un peu les tables de la loi des expertises…»
Cela dit, dans l’expertise, le psychiatre se prononce sur l’aspect thérapeutique; s’il estime qu’une personne a besoin d’un traitement, il le mentionne et le décrit précisément. Même si le code pénal impose d’être clair quant à la possibilité effective d’engager concrètement le prévenu dans une démarche thérapeutique, cette appréciation passe souvent au second plan après les aspects sécuritaires.
Le fait que l’expert puisse s’appuyer sur des instruments standardisés semble plutôt une bonne chose, c’est un garant d’objectivité ?
Ces instruments constituent une aide non négligeable mais ça devient un problème lorsque l’expert fonde sa conclusion uniquement sur ces instruments statistiques. Un outil standardisé n’est pas forcément un instrument exact, loin sans faut.
Si quelqu’un a commis un délit grave, ces instruments vont situer son risque statistique de récidive par rapport à des groupes d’individus qui ont commis des délits à peu près analogues. Ça ne va pas plus loin. Un regard psychiatrique doit d’abord être clinique et s’interroger sur ce qui dans son vécu peut avoir conduit la personne à commettre les actes qui lui sont reprochés.
«Il n’y a pas besoin d’intelligence artificielle pour en arriver-là et c’est la pire justice qui soit.»
À l’ère de l’intelligence artificielle, aura-t-on bientôt des expertises dictées par chatGPT ou basées sur des algorithmes complètement déconnectés du vécu du patient ?
J’espère que ce ne sera jamais le cas. Cela dit, actuellement, vous avez un certain nombre d’évaluations qui sont effectuées par des professionnels qui n’ont pas de formation clinique psychiatrique ou psychologique. Aux USA, par exemple, certains tribunaux appliquent ces échelles statistiques sans procéder à une expertise et se basent sur le score obtenu pour juger. Il n’y a pas besoin d’intelligence artificielle pour en arriver-là et c’est la pire justice qui soit.
Des progrès ont toutefois été faits en Suisse avec le développement de formations pour les experts et la création de centres cantonaux dédiés aux expertises permettant d’en améliorer la qualité globale.
Selon la loi, un juge peut ordonner une mesure pénale en cas de «grave trouble mental». Mais dans la pratique, on a l’impression que tous les troubles psychiques sont passibles d’un article 59, cela va des vagues troubles de la personnalité aux psychoses les plus sévères. Selon quels critères les experts psychiatres évaluent-ils «la gravité» d’un trouble? En termes cliniques ou en fonction du délit et des risques de récidive ?
Pour se prononcer sur un article 59, l’expert psychiatre doit, selon le code pénal, conclure que le prévenu souffre «d’un grave trouble mental». C’est aussi une notion que le législateur a laissée dans le flou complet ce qui ouvre la porte à toutes les interprétations.
C’est, bien évidemment, la clinique qui doit guider une telle évaluation. Le psychiatre doit se référer à une classification diagnostique reconnue. A partir de-là, il doit apprécier comment, en premier lieu, cette pathologie, maladie mentale ou trouble de la personnalité, influe sur le fonctionnement de la personne, sa responsabilité et sa capacité à faire des choix.
La gravité du délit est de l’appréciation du juge. L’appréciation du risque de récidive est une démarche criminologique dans laquelle intervient le regard du psychiatre mais dont l’appréciation finale doit revenir au magistrat.
«Je ne mets pas en cause l’indépendance du psychiatre vis-à-vis de la justice.»
Vous soulevez aussi le problème de l’indépendance des psychiatres ? Le soignant serait réduit à «un auxiliaire judiciaire» et à un rôle de «conseiller en punition» ? Jolies formules pour un constat inquiétant ?
«Conseiller en punition» est un terme emprunté au philosophe Michel Foucault. A partir du moment où l’on accepte de faire des expertises on devient auxiliaire de la justice et donc soumis à certaines règles dont le prévenu doit être informé. Notamment, le fait que ce qui est dit dans l’entretien d’expertise n’est pas couvert par le secret médical.
Ceci dit, je ne mets pas en cause l’indépendance du psychiatre vis-à-vis de la justice dans la pratique de l’expertise. Beaucoup de psychiatres restent sensibles à l’air du temps, en particulier lorsqu’il s’agit d’évaluer l’évolution d’une personne sous article 59. Dès lors qu’une personne a été définie avec une certaine dangerosité, il est très difficile de la voir sous un autre angle, simplement parce que les gens ne changent pas fondamentalement. Ils sont capables d’apaiser ce qui peut les conduire à un risque de récidive sans que leur structure psychique ne change ou que le diagnostic de leur pathologie ne soit modifié. L’évaluation devient alors plus compliquée qu’un simple calcul statistique.
Vous parlez tout de même du psychiatre qui est devenu «le bras armé de l’injonction thérapeutique»? Expliquez-nous…
Ce n’est pas au sujet des expertises que j’en parle, c’est dans l’exécution de la mesure où effectivement la confidentialité indispensable au travail thérapeutique et donc le secret médical, sont souvent malmenés. Certains collègues, soit parce qu’ils y ont été enjoints, soit parce que pour eux ce n’est pas un problème, ont accepté le principe de communication avec les autorités tout au long du parcours pénal sur des aspects qui relèvent de l’expertise. Ce qui rend difficile la mise en œuvre d’un véritable échange thérapeutique et là, effectivement, je parle du «bras armé de l’injonction thérapeutique». Il en va de même avec le choix des orientations thérapeutiques souvent dictées par les autorités au mépris de la diversité des pratiques thérapeutiques reconnues par la FMH.
«On est là pour éclairer la justice, pas pour juger…»
Donc, «auxiliaire de justice» et «conseiller en punition», vous assumez?
Oui, l’expert est auxiliaire de justice à partir du moment où il accepte un mandat donné par l’autorité judiciaire. Et à partir du moment où on participe à un système qui aboutit finalement à l’allongement des privations de liberté, on est quelque part «conseiller en punition». Mais cela ne devrait pas vouloir dire qu’on va contribuer à renforcer la sanction, on est là pour éclairer la justice, pas pour juger…
… Pourtant, il arrive que les experts se prononcent sur la proportionnalité de la sanction ?
Cette prérogative ne nous appartient pas. Certains s’y risquent à tort. L’expertise a pour but de déterminer la responsabilité de la personne, dans quelle mesure sa pathologie a altéré sa capacité à savoir que son acte enfreignait un interdit ou l’a empêché de le respecter? L’autre volet consiste à apprécier la dangerosité, le risque de récidive. C’est cet aspect qui a pris tout le devant de la scène. C’est à partir de l’évaluation du risque de récidive que le juge va devoir prononcer ou pas une mesure.
«Des études montrent que les détenus souffrant de troubles psychiatriques sont les plus mal traités en prison.»
Je suis bien placé pour savoir que c’est très compliqué de sortir d’une mesure pénale. Il y a entre 120 et 150 personnes condamnées à une mesure chaque année en Suisse. Mais comme celles-ci restent en prison de longues années – beaucoup plus longtemps que la peine initialement prononcée comme sanction de leur délit – on compte environ 1000 détenus sous le coup d’une mesure sur une population carcérale de 7000 personnes en Suisse.
Un constat inquiétant ?
C’est très préoccupant, cela contribue à l’augmentation et au vieillissement de la population pénale et des gens placés en institutions, en particulier dans des EMS plus ou moins sécurisés, parfois pour une longue durée. Cela contribue aussi à augmenter de façon importante le nombre de personnes souffrant de troubles psychiques dans les prisons.
Les études montrent que les détenus souffrant de troubles psychiatriques sont les plus mal traités en prison. Ils ont moins accès au travail, aux activités, aux formations. Ils sont extrêmement vulnérables.
II. «J’ai essayé, oui j’ai essayé de ne pas perdre ma boussole éthique»
Soigner en milieu carcéral relève d’un exercice d’équilibrisme de haut vol. Ce n’est pas l’ancien patron de la médecine pénitentiaire vaudoise, Bruno Gravier, qui dira le contraire.
Bruno Gravier, quand vous étiez à la tête du Service de médecine et de psychiatrie pénitentiaires du CHUV (SMPP), comment avez-vous navigué entre les pressions du système politico-judiciaire et votre mission de médecin ?
Est-ce que j’ai navigué ? Je ne sais pas. Pendant très longtemps, depuis la création du SMPP jusqu’aux années 2010, il y avait une réelle volonté de la part des autorités politiques de développer la médecine pénitentiaire tout en garantissant l’indépendance des soignants, en particulier dans les cantons de Vaud et Genève.
La principale restriction était financière. Les politiques ont toujours été réticents à financer des structures médico-pénitentiaires. La prison coûte cher et ce n’est pas très porteur en terme électoral. J’ai mis beaucoup d’énergie pour développer des soins médicaux acceptables pour l’ensemble de la population pénale en étant attentif au principe d’équivalence des soins (les détenus doivent bénéficier de soins de qualité identique à ceux dont dispose la population du pays où ils sont détenus.
« Là, effectivement, on a été confronté à un certain nombre de pressions, notamment sur la question du secret médical… »
Puis, il y eut les meurtres de Marie et Adeline par Fabrice A. et Claude D. qui ont marqué un virage brutal vers un système plus sécuritaire ?
Oui, les politiques se sont alors intéressés de très près au fonctionnement du monde pénitentiaire avec la crainte que de nouvelles affaires surviennent. Là, effectivement, on a été confronté à un certain nombre de pressions, notamment sur la question du secret médical et les choses sont devenues compliquées et les pressions fortes…
… «compliquées», c’est un euphémisme ?
J’ai dû effectivement accepter parfois de ne pas faire part de mon opinion dans les médias. J’ai reçu des injonctions qui m’ont signifié que je n’avais pas à m’exprimer sur les structures médico-pénitentiaires et sur un certain nombre de points concernant l’exercice médical considérés comme sensibles par les autorités.
Après, directement dans le quotidien du soin, le problème était surtout d’obtenir des moyens. Des moyens d’ailleurs qui n’ont toujours pas été accordés. On n’a toujours pas de structures hospitalières pénitentiaires dans le canton de Vaud, par exemple. Le Conseil d’État s’y était pourtant engagé en 2010.
« Je pense (…) aux zones carcérales des postes de police où les gens sont privés de liberté dans des conditions médiévales pendant des semaines »
L’autre difficulté était de constater la pérennisation de situations inacceptables auxquelles sont confrontés les détenus. Je pense, par exemple, aux zones carcérales des postes de police où les gens sont privés de liberté dans des conditions médiévales pendant des semaines – alors que la loi interdit qu’ils y restent plus de 24 à 48 h – sans possibilité de sortir à l’air libre, sans possibilité de bénéficier de tous les aménagements accordés aux détenus incarcérés dans des conditions normales: cellules et sanitaires décents, promenades, sport, activités, pour certains un travail…
Je pense aussi à la manière dont on oblige les détenus à participer financièrement à leur prise en charge sanitaire alors que tous les textes internationaux en font un devoir de l’État.
Donc, vous n’avez jamais perdu votre «boussole éthique»?
Je n’en sais rien, je suis peut-être le plus mal placé pour juger. J’ai essayé, oui j’ai essayé. La question à se poser, c’est plutôt : est-ce qu’on reste ou pas dans ce système.
Et vous y êtes resté près de 30 ans !
Oui, parce que je pense qu’il vaut mieux rester pour contribuer à faire évoluer et assoir une médecine pénitentiaire respectable et respectée avec un travail thérapeutique au plus près de l’art médical. C’était cela qui pouvait servir le mieux les idéaux que je défendais.
« Ce n’est pas le directeur de la prison qui va dicter les soins que je vais faire. »
Comment trouver le juste milieu dans ce conflit de priorités entre la nécessité de rendre des comptes au système judiciaire et soigner vos patients ?
Il y a un conflit de priorités, c’est clair. Mais là aussi, il y a quelquefois des dilemmes. Quand des gens refusent tout soin et suscitent des inquiétudes, le droit nous autorise à faire part de nos craintes. Il faut trouver la juste place… ne pas être dans une position de dépendance mais dans une position d’articulation…
… «articulation» ? Vous jouez sur les mots ?
Ce n’est pas jouer sur les mots… C’est important d’avoir l’indépendance médicale et l’indépendance face aux autorités pénitentiaires et judiciaires. J’étais médecin chef d’un service du CHUV et pas médecin chef des prisons.
Je n’aurais jamais accepté ce poste s’il avait été rattaché à la direction pénitentiaire comme c’est le cas par exemple en Suisse alémanique. Ce qui garantit une horizontalité, c’est-à-dire une articulation. Ce n’est pas le directeur de la prison qui va dicter les soins que je vais faire. C’est moi qui garde la décision en tant que médecin.
A partir de-là, je suis bien sûr aussi sensible à la protection de la société. C’est en construisant cette articulation et en m’autorisant à échanger sur mes préoccupations que j’y contribue.
III. Gare au populisme pénal !
Contrairement à la plupart des États de droit où un délinquant jugé irresponsable est placé en milieu hospitalier, en Suisse, il est généralement incarcéré avec des détenus de droit commun. Cette pratique a pourtant été dénoncée dernièrement par la Convention européenne des droits humains (Arrêt de la Cour européenne du 20 février 2024). Une situation qualifiée par le psychiatre Bruno Gravier de «peu reluisante» !
Bruno Gravier, vous vous êtes beaucoup engagé pour une meilleure intégration de la médecine forensique dans le milieu carcéral. Entre soigner et punir, faut-il vraiment choisir ?
Mais il ne faut pas choisir ! Chacun fait son boulot. Une fois que la justice a dit en quoi la personne était redevable, il faut lui donner la possibilité de progresser, de s’amender, de se réinsérer… Il n’y a pas que le soin, il y a aussi tous les processus de réinsertion, de resocialisation, d’accès au travail, à la formation, pour permettre au détenu d’accéder à une vie sociale qui soit un peu moins compliquée, moins pesante.
« Je dirais que la situation n’est pas reluisante actuellement sur le plan du soin… »
Bien sûr ! Mais la réinsertion reste souvent à l’état de concept pour des personnes détenues pour une durée indéterminée dans des conditions extrêmement délétères pour leur santé ?
Effectivement, je dirais que la situation n’est pas reluisante actuellement sur le plan du soin, puisqu’il n’y a pas assez de structures appropriées. C’est compliqué de prendre en charge quelqu’un sous un article 59 avec la faiblesse des moyens dont on dispose.
Mais il y a des situations très différentes d’une personne à l’autre. C’est aussi cela que j’essaye de pointer à propos de l’article 59. Certains patients souffrent de pathologies extrêmement lourdes qui posent des problèmes quant à leur rapport à la réalité.
D’autres personnes sont bien intégrées et capables d’avoir des activités professionnelles, sociales, mais leur fonctionnement relationnel va les amener à susciter des souffrances chez autrui. Elles ne sont pas redevables d’un traitement hospitalier, elles devraient bénéficier d’une prise en charge thérapeutique ambulatoire dense et adaptée à leur problématique psychique qui les amène à prendre conscience de leurs difficultés relationnelles, de leur pathologie, etc. De telles prises en charge font partout défaut.
Tout est amalgamé alors qu’il faudrait une analyse et une possibilité de prise en charge thérapeutique spécifique adaptée à chaque cas de figure.
Comment remédier à une telle situation?
Le manque de moyens est régulièrement rappelé, répété. Après l’affaire Skander Vogt en 2010 (réd : le détenu décédé après avoir mis le feu à sa cellule), le canton de Vaud s’était engagé à créer une structure hospitalière entièrement dédiée aux détenus souffrant de troubles psychiques. Cet établissement n’a toujours pas vu le jour.
«Tant que ce système persiste (…)
on ne pourra pas éviter les glissements sécuritaires.»
Le seul établissement existant pour toute la Suisse romande est Curabilis (GE). Ses 60 places pour les mesures et une unité de soins pour les courts séjours sont largement insuffisantes. La situation est problématique dans tous les cantons romands.
Peut-on inverser la tendance dans une société focalisée sur l’illusion du risque zéro ?
Il est urgent que le législateur fasse une sorte d’examen de conscience à propos de ces mesures. On assiste au développement d’un système parallèle à la peine privative de liberté qui permet de garder en prison de façon déguisée des gens qui, s’ils étaient soumis à la sanction correspondant à la gravité de leurs actes, seraient sortis depuis longtemps.
Tant que ce système persiste, tant que l’on n’est pas plus précis et vigilant quant aux indications de l’article 59, on ne pourra pas éviter les glissements sécuritaires.
Il y a un véritable travail d’analyse en profondeur à faire autour de cet article. Ensuite, si le législateur décide de conserver l’article en l’état, les autorités cantonales devront créer les structures nécessaires pour permettre aux personnes détenues de bénéficier des soins adaptés. Sinon, peut-être qu’il faudra modérer les ambitions «thérapeutiques» du code pénal.
« Tout ce qui va dans le sens d’une amélioration du sort des délinquants n’est jamais populaire… »
Les instances fédérales ne semblent pas prêtes à cet examen de conscience. A l’interpellation du conseiller national Baptiste Hurni ( «Pour des mesures thérapeutiques institutionnelles conformes à l’État de droit»), la réponse du Conseil fédéral s’apparente à un laconique : «Circulez, y’a rien à voir !»
Oui, effectivement, mais des pistes existent. Lors de la mise en œuvre du nouveau code pénal dans les années 2000, la commission juridique du Conseil national a longuement réfléchi à la question, elle a beaucoup siégé, beaucoup consulté. Rien n’interdit au Parlement fédéral de reprendre l’étude de ces dispositions.
Et j’espère que d’autres parlementaires vont revenir à la charge. (ndlr: à la suite de la condamnation de la Suisse par la Cour européenne des droits humains, deux élues vaudoises ont réagi ( Lire l’article de 24Heures). Mais je ne crois pas tellement aux grands mouvements législatifs, souvent induits par des affaires très émotionnelles, ils vont souvent dans le sens de plus de sécurité. Cela s’appelle le populisme pénal.
Alors, comment faire bouger les choses ?
Je crois à un travail de fond pour faire évoluer le système vers plus d’attention aux droits humains et aux nécessités psychiques des personnes qui tombent sous le coup de la loi. A cet égard, je salue tout particulièrement le travail du GRAAP, ses actions peuvent faire bouger les choses et changer la jurisprudence.
Tout ce qui va dans le sens d’une amélioration du sort des délinquants n’est jamais populaire et se heurte à une hostilité importante.
Mais un des angles d’attaque serait de demander aux autorités judiciaires fédérales de pouvoir faire un vrai bilan de l’article 59 depuis sa promulgation en 2008. Voir ce que sont devenus les gens sous mesure? Combien de temps a duré leur privation de liberté? Où sont-ils allés après? Il y a matière à des recherches assez approfondies, pertinentes et intéressantes sur le parcours des gens dans le système pénal. Cela pourrait faire évoluer les choses et sortir notamment de l’exclusion et du passionnel.
Propos recueillis par Catherine Favre
Visibiliser l’invisible
La mobilisation du GRAAP face à l’article 59 CPS
Diplômé d’un Master en sciences sociales de la santé, Elix Kordo se passionne pour les problématiques complexes. Le sujet des mesures thérapeutiques regroupant ses domaines d’intérêt, à la croisée de la détention, la santé psychique et les politiques publiques, c’est tout naturellement qu’Elix en a fait son sujet de mémoire de fin d’étude. Le sujet ayant souvent été abordé par le prisme médical ou sécuritaire, Elix avait à coeur de donner la parole aux personnes directement concernées et qui cherchent à faire évoluer les politiques publiques. Iel est ainsi entré·e en contact avec le Graap, son Ampp et le groupe de parole, auprès duquel iel a mené son enquête.
Le Groupe d’Accueil et d’Action Psychiatrique (GRAAP) s’engage depuis plusieurs années dans la défense des droits des personnes sous mesure thérapeutique institutionnelle (MTI) régie par l’article 59 du Code Pénal Suisse (CPS). Constatant une hausse préoccupante d’incarcération de personnes atteints de troubles psychiques en raison d’un manque de structures adaptées, l’association a lancé l’Action Maladie Psychique et Prison (AMPP). À travers un travail de sensibilisation et de mobilisation, le GRAAP œuvre pour rendre visible une problématique souvent ignorée du grand public et des acteur·rice·s politiques. La sensibilisation étant le premier pas vers le changement social. Ce texte reprend les résultats d’une étude de fin de Master en sciences sociales attachée à comprendre comment un sujet aussi complexe parvient à émerger dans le débat public.
Entre sanction et soin : une frontière floue
Depuis 2007, l’article 59 CPS permet aux juges d’ordonner une mesure thérapeutique institutionnelle pour les prévenu·e·s atteint·e·s de troubles mentaux graves. Ce dispositif vise à allier justice et soin, mais en raison d’un manque d’établissements spécialisés, ces mesures sont majoritairement exécutées en milieu carcéral. L’ordonnance de telles mesures a ainsi des conséquences néfastes sur les conditions d’existence des patient·e·s-détenu·e·s atteint·e·s de troubles mentaux, ces derniers étant souvent aggravés par le cadre carcéral. L’amélioration de l’état de santé mentale étant le critère décisif pour la levée de la mesure, les patient·e·s restent souvent incarcéré·e·s au-delà de la durée de leur peine étant donné la difficulté de progrès thérapeutique en détention.
Naissance d’un combat : le statut du GRAAP
Depuis sa création en 1987, le GRAAP a structuré son action autour d’un objectif clair : accompagner les personnes atteintes dans leur santé mentale et leurs proches. L’association se distingue au sein de l’espace romand par son double statut : reconnue et respectée par les autorités, elle conserve néanmoins une indépendance lui permettant d’adopter une posture critique et militante face aux politiques publiques. Cette dualité lui permet d’agir à la fois en tant que partenaire institutionnel, et en tant que force de proposition alternative.
Construction d’une réputation
La contribution du GRAAP à la construction d’un projet de société réside dans sa conception de la manière d’«aider» les personnes atteintes dans leur santé psychique et mentale. L’aide étant comprise dans le sens d’un accompagnement pour la prise en main de sa destinée. Ou, autrement dit, pour passer du statut de victime des événements à acteur de sa vie.
Depuis 2012, le GRAAP est scindé en deux entités « séparées mais complémentaires » qui permettent au groupe d’accroître ses moyens d’action et ses occasions de prise de parole. D’un côté se trouve le GRAAP-Fondation, dont les services sont reconnus d’utilité publique et financés par des subventions cantonales et fédérales, et de l’autre, les actions militantes et non encore reconnues ou subventionnées, qui ressortent du GRAAP-Association. Grâce à son statut qui n’empiète sur la fonction d’aucune autre institution, le GRAAP s’est construit sa légitimité d’intervenir en tant que partenaire à part entière dans l’espace public, dans un milieu pénitentiaire où l’accès est pourtant souvent restreint.
Les Cafés Prison : origine d’un espace de dialogue public
En 2012, le GRAAP ouvre la porte du milieu pénitentiaire avec l’organisation d’un premier Café Prison, événement désormais annuel, qui est l’occasion de réunir les différentes acteur·rice·s impliqué·e·s, afin d’informer, présenter, argumenter et discuter de thématiques choisies ayant trait à la maladie psychique en détention. L’organisation de tels événements forums témoigne avant tout de la légitimité que le GRAAP a acquise au fil des années dans l’espace romand, se construisant un réseau de partenaires lui permettant faire sortir de l’ombre des thématiques peu discutées dans l’espace public. Ces réunions témoignent également du rôle d’intermédiaire qu’a acquis le GRAAP entre tou·te·s les acteur·rice·s impliqué·e·s autour de la maladie psychique en détention, ainsi qu’entre l’État et les citoyen·ne·s.
La naissance de l’AMPP : une mobilisation née du terrain
Grâce à la légitimité acquise auprès du public et par l’espace protégé qu’il représente, le GRAAP constitue un terreau favorable à la consolidation d’un groupe. C’est en effet sous l’impulsion d’une mère à la recherche de soutien lors de l’incarcération de son fils que s’est formé initialement le groupe de proches, proposant accueil, soutien et information aux proches ayant un enfant, mari, ami, etc. confronté·e·s au système carcéral.
Se mettre ensemble pour se soutenir mentalement, ainsi que pour se transmettre des informations difficiles d’accès sur un monde inconnu, telle est l’intention première du groupe de proches.
C’est sous l’impulsion de cette mère, avec le potentiel que Madeleine Pont a pressenti dans ce groupe naissant, que l’Action Maladie Psychique et Prison s’est constituée et grâce aux Cafés Prison, de manière formelle et officielle.
Le Collectif 59 : du groupe de proches à l’action publique
C’est selon le même schéma que s’est constitué le Collectif 59 en août 2021, sous l’impulsion d’une mère fréquentant le groupe de proches, cherchant à agir pour sortir son fils de prison. Révoltée par les conditions d’existence de son fils, elle demande alors le soutien du groupe de proches dans l’entreprise d’une action revendicative auprès des autorités judiciaires. Avec le soutien et l’appui par plus de 600 signatures, une lettre ouverte est alors adressée au juge du Tribunal Cantonal, au nom du « Collectif 59, libérez Christian ». Suite à cette action, le collectif prend forme et devient rapidement « AMPP, Collectif 59 » qui œuvre pour
« dévoiler à un plus large public les conditions réelles d’exécution en prison d’une mesure thérapeutique »
Les actions collectives issues du groupe de proches n’auraient donc pas pu se mettre en place sans l’existence préalable et le soutien que représente ce groupe. Par son imbrication dans le GRAAP, les revendications du Collectif 59 vont au-delà d’une volonté d’un « simple » changement institutionnel et une restructuration du monde carcéral. Elles invitent à repenser tout le système de valeurs, la manière de considérer et de traiter les êtres humains dans leur ensemble, et proposent un projet de société.
Entre invisibilisation et stigmatisation : les défis de la mobilisation
L’un des principaux défis de la mobilisation face aux mesures thérapeutiques réside dans la difficulté des personnes concernées à faire entendre leur voix. En détention, les patient·e·s sous mesures sont privé·e·s de parole publique et peu visibles médiatiquement. Leurs proches, pourtant les plus aptes à témoigner, se heurtent aussi à des réticences : crainte du jugement, sentiment d’isolation, complexité administrative. Les actions de l’AMPP et du Collectif 59 visent donc à briser ce silence, en organisant des rencontres, des débats et en créant des espaces d’expression, redonnant ainsi une voix à celleux qui en sont privé.
Prendre la parole
Depuis la création du Collectif 59 en 2021, les proches ont été à plusieurs reprises sollicité·e·s par les médias, radio, presse et télévision. Avec l’ouverture médiatique, la prise de parole croissante des proches dans l’espace public, l’expérience accumulée et la confiance gagnée par ces prises de parole, le Collectif 59 a lancé en 2023 une campagne de visibilisation de la question du manque de places dans des structures de mesures institutionnelles. A travers la campagne Écart, divers outils de mobilisation sont déployés.
Le droit comme arène de lutte
Projet en construction depuis juillet 2022, dont l’objet et les revendications ont pris plusieurs formes dans les réflexions, la pétition « Le trouble mental n’est pas un crime » a pour objectif l’ouverture d’une institution de soin fermée et sécurisée à la place de la prison. Le GRAAP se saisit de cet outil pour interpeler directement les autorités ayant le pouvoir d’agir, cherchant l’action avant la législation.
« La pétition pourra être un bon outil pour poursuivre notre lutte pour plus de justice envers nos proches incarcérés. C’est aussi un excellent moyen de sensibiliser le public, ainsi que les autorités politiques, judiciaires, médicales et carcérales aux problèmes de société que représentent l’incarcération de personnes portant un diagnostic psychiatrique, pris au sens large. »
La pétition sert donc une double fonction, à l’image du GRAAP, entre l’action et l’information. Le GRAAP s’appuie ainsi sur les options mises à disposition par l’État, passant par un moyen conventionnel de changement social, en jouant le jeu citoyen et en respectant le cadre imposé par l’État, renforçant ainsi sa position de « bon partenaire ».
Festival de Film : une étape clé dans le développement de l’AMPP
Le dernier élément prévu dans la planification de la campagne Écart est l’organisation du Festival de Film « Santé mentale et Prison » en avril 2025. L’intention est de marquer la fin de la campagne de récolte de signatures de la pétition et de célébrer sa remise au Conseil d’État Vaudois. Ce festival, marquant un moment charnière pour le groupe, sera aussi l’occasion de réaffirmer publiquement son crédo : l’importance de l’humain qui doit être au centre de tout projet. L’utilisation de ces diverses plateformes permet donc de parler « tous azimuts » de la problématique du manque de soins psychiatriques pour les personnes sous articles 59, à des publics diversifiés, tout en visant à interpeller les politiques et à pousser à une réforme en profondeur du système actuel.
Conclusion
Le GRAAP et son AMPP adoptent ainsi une approche basée sur la communication et l’information pour faire exister la problématique des mesures institutionnelles dans l’espace public. Son positionnement de partenaire respectueux des règles lui permet d’exister dans l’espace romand et d’attirer l’attention des politiques. En construisant un réseau de partenaires et en maîtrisant les codes institutionnels, l’association légitime son action et renforce sa visibilité. Cette stratégie lui permet de lutter contre les stéréotypes associés aux articles 59 et de donner une voix aux personnes concernées, notamment via des outils de communication qui préservent parfois leur anonymat. En rendant ces réalités visibles grâce aux diverses actions entreprises, l’AMPP contribue à faire reconnaître publiquement les enjeux liés aux mesures thérapeutiques institutionnelles, la visibilité étant le moyen perçu par le groupe comme le plus efficace pour contrer les stéréotypes et les idées reçues qu’engendre l’ignorance.
Elix Kordo
Action Maladie Psychique et Prison – AMPP
Bref historique
Dès sa création en 1984, l’antenne sociale du Secrétariat romand de Pro Mente Sana a établi des contacts avec les médecins qui assuraient la consultation psychiatrique des prisons vaudoises. La collaboration s’articulait autour de l’accompagnement des personnes détenus sous l’art. 43 (actuellement art. 59) du Code pénal suisse.
20 et 21 nov. 1986 : Congrès de Pro Mente Sana : Thème : Psychiatrie et Justice
Lors de ce premier congrès de Pro Mente Sana en Suisse romande, Luc Pont, secrétaire romand et Madeleine Pont, assistante sociale, posaient pour la première fois, la question : Que faire des détenus souffrant de troubles psychiques.
25 novembre 1987 : Assemblée générale constitutive de l’association du « GRAAP – Groupe romand d’accueil et d’action psychiatrique »
À la demande de Pro Mente Sana, le groupe d’entraide, composé de personnes souffrant de troubles psychiques et de leurs proches, s’est constitué en association indépendante.
2005 : Premier SOS lancé au Graap
Une Maman, déterminée, souhaite l’appui du Graap pour obtenir le transfert de son fils détenu en prison et atteint de graves troubles psychiatriques vers un lieu de soins adapté à ses besoins de prise en charge.
Rapidement, une autre maman et un papa, ayant aussi un fils malade psychique, se joignent à elle. Ce groupe de travail, constitué sous l’égide du Graap, se réunit régulièrement pour réfléchir aux questions relatives à la détention en prison de patients atteints de sévères troubles psychiatriques. Il concocte un projet d’alternative à la prison :
Des Hommes à la place des Murs
Recréer le lien humain avant d’éduquer, de soigner, de punir.
2006 : Un crédit d’étude pour un établissement de réinsertion sécurisé (ERS)
CHF 387'000.- est accordé pour l’étude de la création d’un ERS sur le site de Cery, clinique psychiatrique du CHUV. Le Graap est présent dans le groupe de référence. Bien que la rénovation de l’hôpital de Cery ait été conditionnelle à la réalisation de cet ERS, l’inauguration du nouvel hôpital de Cery a lieu en sept. 2024 bien que la première pierre de cet ERS ne soit pas posée.
2011 : « Des Hommes à la place des Murs » un projet retenu
Le projet du groupe de travail Maladie Psychique et Prison a eu l’heur de plaire à M. Philippe Leuba, alors Conseiller d’état. Repris par Mme Béatrice Métraux, à son tour Conseillère d’état, ce projet a été « congelé » à la suite des meurtres de Marie et d’Adeline, en 2013.
2012 : Premier Café Prison. Thème : Des Patients psychiques en prison, À quoi bon ?
L’Action Maladie Psychique et Prison fait son entrée officielle et est reconnue comme une partenaire du Service pénitentiaire vaudois.
2021 : Le Collectif 59
Pour la première fois, une maman brave l’opinion publique et, avec l’appui de l’AMPP, rédige une lettre ouverte au Président du Tribunal demandant une seconde chance pour son fils patient psy-détenu en prison. Elle récolte 600 signatures. L’Affaire Christian, fait la Une du Courrier. Le Collectif 59 de l’AMPP est né.
2022 : Création d’un Fonds de défense judiciaire
Ce fonds a pour but de couvrir les frais d’avocats pour les causes où l’Assistance judiciaire a été refusée.
Cette même année, en 2022, l’AMPP a reçu un don anonyme et conséquent destiné à soutenir les actions de sensibilisation autour des questions de santé mentale et prison ainsi que l’accompagnement aux personnes atteintes de troubles mentaux sous main de justice et leurs proches.
Toujours en 2022, l’AMPP lance la pétition « le Trouble mental n’est pas un crime » et décide d’organiser un festival
2023, 1er Recours à la Cour européenne des droits humains.
Recours déposé le 7 août 2023. Accusé de réception, le 20 déc. 2023. En attente de décision.
Le principal argument de ce recours pose comme illicite la prison des Établissements de la Plaine de l’Orbe lieu adéquat pour la détention d’un patient psychique en regard de l'art 5 de la CEDH, et pour l’exécution d’une mesure thérapeutique au sens de l’art. 59 al. 3 du Code pénal suisse.
Madeleine Pont, 22 mars 2025
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L’AMPP, c’est une équipe !
L’Action Maladie Psychique et Prison - AMPP regroupe des proches de personnes atteintes dans leur santé mentale ainsi que des patients sous main de justice.
L’AMPP compte plus d’une centaine de personnes venues de tous horizons, dont un quart est régulièrement actif dans ses rencontres et ses actions.
Activité
- Accompagnement judiciaire et social de proches
- Accompagnement judiciaire et psychosocial de patients-détenus
- Gestion du Fonds de défense judiciaire de l’AMPP
- Organisation du Festival de film – Santé Mentale et Prison, 4 au 7 avril 2025
La cheville ouvrière du Festival – Santé Mentale et Prison
C’est l’équipe militante de l’Action Maladie Psychique et Prison (AMPP) qui assure toute l’organisation du festival :
- Catherine Favre, journaliste, retraitée,
- Karen Hafsett Nye, coordinatrice AMPP,
- Damien Marquis, webmaster,
- Huguette Wist, dite Gus, responsable administrative et finances,
- Madeleine Pont, fondatrice du Graap et responsable de l’AMPP.
Ressources financières
- Parrainages de patients-détenus
- Dons
- Un couple, mécène anonyme, finance la campagne de sensibilisation à la réalité de la population doublement stigmatisée par la prison et le trouble mental.
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