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Pair praticien en santé mentale – Un nouveau métier qui a de l’avenir et une petite révolution en marche

Les pairs praticiens en santé mentale (PPSM), défenseur des droits et amplificateurs de la voix des usagers en milieu psychiatrique , jouent un rôle important dans les institutions qui les emploient.  Roxane Mazallon nous explique dans son article comment cela se passe et quel peut être le potentiel d’une telle expertise dans une équipe de professionnels du domaine de la santé mentale.

Je m’appelle Roxane Mazallon, pair praticienne en santé mentale au CHUV, à la Fondation Stanislas et vice-présidente de Re-Pairs1, je précise que tous les propos contenus ci-dessous ne sont que ma vision et ne représente que mon point de vue sur le métier de pair praticien.

Si je devais commencer par expliquer le rôle du pair praticien en santé mentale, je dirais que c’est une personne qui a vécu l’expérience des troubles psychiques, des addictions ou des troubles du spectres de l’autisme et qui s’en est rétablit.

Son expérience du rétablissement, ce « savoir expérientiel » le pair praticien va le mettre à disposition de ses pairs afin de les aider dans leur propre chemin de rétablissement et ainsi leurs permettent d’acquérir un meilleur pouvoir d’agir sur la maladie ou les addictions.

Une distinction est faite en Suisse romande entre le terme « pair aidant » et « pair praticien en santé mentale », rien ne nous sépare finalement ci ce n’est un diplôme que le pair aidant peut entreprendre afin de faire « reconnaitre » son expérience, de pouvoir valoriser son savoir et son histoire de rétablissement.

En Suisse Romande, la formation est dispensée par HETSL en co-construction avec l’association Re-Pairs et s’organise sur deux niveaux, 2 volées ont déjà eu lieu et je fais partie de la troisième.

Ce diplôme est important et déterminants pour ceux qui souhaitent obtenir un emploi de pair praticiens car en les employeurs existants demandent cette formation.

Pour vous parler un peu de mon parcours et au vu de mes origines françaises, j’ai d’abord commencé ma formation à la pair aidance professionnelle à Lyon en France, d’abord par une formation de « patient ressource en santé mentale » dispensé par le Centre ressource de réhabilitation psychosociale, puis par un Diplôme Universitaire de pair aidance dispensé par l’université Lyon 1.

En parallèle de ces formations j’ai travaillé dans différents hôpitaux psychiatriques de la région lyonnaise, j’y étais employé pour gérer des lieux appelés « maison des usagers ».

J’ai participé à la création de l’association Espairs2 qui nous a permis de créer une plateforme indépendante et auto-géré par des pairs aidants professionnels pour des pairs.

Mon projet professionnel m’a mené en Suisse et m’a demandé d’abandonné ce projet, il m’a semblé logique d’obtenir les diplômes équivalents pour pouvoir exercer ici d’où mon inscription au certificat des pairs praticiens.

Ce choix fut le bon, car c’est cela m’a permis de décrocher un poste de pair praticienne en santé mentale au sein de L’EPSM Les Myosotis, fondation Stanislas3 dans lequel je travaille depuis plus d’un an.

J’y est créé et j’anime différents groupes en lien avec mes expériences et mes ressources (les addictions, le rétablissement, le yoga, la relaxation, la musique).

J’accompagne mes pairs via des entretiens réguliers soit à leurs demandes soit à la demande de l’équipe, j’aide à la rédaction et à la compréhension des plans de crise conjoint, je propose des accompagnements basés sur les ressources des personne (médiation artistique, marche, écriture…).

Je propose des accompagnements individuels pour les addictions (entretiens individuels, contrat de substitution par le CBD, alcool, jeux, tabac…)

Je participe en somme à la vie de l’institution comme tous les autres professionnels, j’interviens lors des différents colloques et j’apporte une vision différente de la maladie et de son rétablissement.

Depuis le mois de Mars 2021, j’ai intégré un service au sein de l’hôpital du CHUV sur le site de Cery, je partage ainsi mon temps de travail entre les deux structures de soin.

Ponctuellement j’interviens en tant que pair formatrice au sein du collège de rétablissement4 de Genève qui dispense des formations au pouvoir d’agir en santé psychique.

J’exerce en tant que pair praticienne depuis plus de 3 ans, c’est une belle aventure et surtout une belle revanche sur la vie, sur les difficultés que j’ai pu rencontrer par le passé.

La pair aidance à un impact sur les usagers, sur les professionnels de santé mais aussi sur le pair praticien lui-même.

Le pair praticien se désigne un peu comme un « défenseur des droits et un amplificateur de la voix des usagers » en témoignant de son vécu et en partageant son expérience il permet aux personnes concernées de prendre du pouvoir sur leurs troubles/fragilités mais aussi de regagner l’espoir d’une vie meilleure

Il permet un changement de paradigme dans le cercle professionnel qu’il fréquente, en effet accueillir un pair praticien dans une équipe de soin, permet une remise en question des pratiques, des termes utilisées en psychiatrie, mais aussi et surtout une meilleure compréhension et écoute du vécu et des besoins des personnes accompagnées.

Le pair praticien permet une meilleure compréhension des troubles psychiques en témoignant de son histoire de vie, elle favorise l’adhésion au soin et souvent agit comme un déclencheur pour faire évoluer les pratiques au sein des institutions.

Pour les usagers, le pair praticien, véhicule l’espoir et permet aux personnes de comprendre que le rétablissement est possible malgré la maladie et de mieux comprendre via cet accompagnement bienveillant de comment s’y prendre pour avancer.

La compréhension et l’écoute apportés aux personnes concernées est différente et viens compléter l’accompagnement des soignants.

Il permet de faire un pont entre les usagers, les services de soins et les soignants.

J’aime souvent rire avec les personnes que j’accompagne en me décrivant un peu comme étant leur « avocate » c’est de l’humour bien sûr, mais en effet tel un médiateur le pair praticien va agir des deux côtés de la relation du soin. Il va se lever pour défendre les intérêts et besoins des personnes concernées.

Le but, c’est de permettre une meilleure prise en charge de la personne avec une vision plus humaine du soin, on sort de ce cette vision ou le soignant sait ce qui est bien pour le patient et on passe dans une relation plus horizontale ou « soignants et soignés » travaille main dans la main.

Si je devais donner un conseil aux personnes qui s’intéressent à ce métier, je leur conseillerais de réfléchir à leur propre histoire et à leur propre rétablissement face à la maladie en se questionnant :

Suis-je assez au clair avec mon histoire personnelle ? Ai-je suffisamment de distance pour pouvoir m’en servir afin d’aider les autres avec ?

Suis-je prêt à encaisser la souffrance d’autres personnes ?

Suis-je prêt à écouter mes pairs et à accepter de ne pas pouvoir toujours parvenir à les aider ?

Suis-je capable de gérer ma frustration que je vais rencontrer en lien aux résistances et aux différences de point de vue et d’approche auxquelles les pairs praticiens peuvent parfois faire face ?

Suis-je prêt à affirmer mes idées, mes positions sur l’accompagnement ?

Suis-je prêt à affirmer ma vision du rétablissement, de l’autonomisation, du pouvoir d’agir et du vécu des troubles psychiques ?

Suis-je prêt à témoigner de mon histoire, à me dévoiler ?

Suis-je prêt à ne pas pouvoir tout changer ?

Suis-je prêt à respecter les règles d’une institution/association/fondation et ce même si celle-ci ne correspondent pas toujours à ma vision ?

Suis-je suffisamment solide ? Est-ce que je suis suffisamment capable de me protéger ?

Enfin si j’ai un dernier conseil à donner aux personnes qui s’intéressent à ce métier, se serait de bétonner votre rétablissement, bétonner vos ressources afin de savoir faire face à tout types de situations.

Pour finir en ce qui concerne les professionnels du soin qui seraient intéressés et si je devais donner un ou plusieurs conseils aux institutions souhaitant recruter des pairs praticiens.

Je leur dirais déjà bravo et merci d’avoir pris cette initiative de faire évoluer les pratiques professionnelles.

Ensuite je leur conseillerai de préparer les équipes, préparez l’arrivée de ce nouvel acteur via éventuellement plusieurs entretiens ou réunions afin d’échanger sur vos attentes mais aussi le savoir faire expérientiel du pair en question et ces propositions.

Un petit guide pratique5 très bien fait a été co-construits par des collègues pairs aidants français, il existe et peut vous donner des pistes plus approfondies pour vous permettre de vous lancer plus facilement dans ce merveilleux projet.

Je préciserais que nous, pairs praticiens sommes très différents les uns des autres c’est une évidence humaine bien entendu mais nos champs d’action sont souvent très divers de part nos expériences et nos capacités.

Le cahier des charges doit à mon sens être construit et ou adapté en fonction du pair praticien que vous allez recruter, mais aussi de son évolution dans l’institution.

N’oublions pas que c’est une profession récente et que du coup tout reste à construire et il me semble important voir primordial de former les équipes à la vision du rétablissement afin de faciliter l’acceptation et la compréhension de son travail, des ses propositions par les équipes

Une petite révolution est en marche vous êtes prêts à la vivre ? Vous vous sentez prêt à y participer ?

Si la réponse est oui alors c’est génial, cette prise de risque aura aussi ses avantages ne vous en faîtes pas, pour vos équipes bien sûr, pour votre établissement mais surtout pour les usagers.

Il parait et je conclurais comme cela que c’est en prenant des « risques » qu’on fait évoluer les choses, Benjamin Franklin disait :

« Il y a bien des manières de ne pas réussir, mais la plus sûre est de ne jamais prendre de risques ».

Il y a maintenant plusieurs années que je travaille dans la pair aidance, ce fut une prise de risque, qui se basait sur mes convictions, au départ peu de personne ne croyais vraiment à la pair aidance disant mais comment, « des fous pour soigner les malades », pour ma part, j’ai toujours été convaincue que l’on peut plus facilement aider quelqu’un quand on a connu ce qu’il traverse.

C’est d’ailleurs ce que j’ai commencé à faire quand j’étais moi-même hospitalisée en psychiatrie, un peu à l’image de Jean Baptiste Pussin6 pionnier en son temps, qui au XIXème siècle était hospitalisé à la Pitié Salpetrière puis qui par se voir proposer Par Philippe Pinel un poste surveillant au vu de ses compétences relationnelles auprès de ses pairs.

S’engager dans la pair aidance c’est faire du positif avec du négatif, c’est transformer la souffrance passé en un moteur pour soulager celle de ces pairs encore bien présente.

Pour conclure, je peux dire que j’ai atteint un but à travers la pair aidance, un objectif de vie : me lever le matin pour aider les autres, travailler en psychiatrie alors que tous m’avaient dit que cela n’était pas possible mais surtout faire que mes journées ai un sens en faisant un travail qui me passionne.

Roxane Mazallon

1 https://www.re-pairs.ch/

2 https://www.espairs.org/

3 https://www.fondationstanislas.ch/

4 http://www.recoverycollege.ch/

5 https://3817be40-ae83-4c5f-bdfe-ef7011066cbe.filesusr.com/ugd/8e82a9_a626c77213994328859cc77c1548ca7f.pdf

6 https://www.researchgate.net/publication/283185697_A_l’origine_meme_de_la_psychiatrie_comme_nouvelle_specialite_medicale_le_partenariat_Pinel-Pussin

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