L’arbre

L’arbre

 

Sylvie Trolliet est chroniqueuse à Diagonales, dans lequel elle présente régulièrement Les Carnets d’Hélène, des textes appréciés par ses lecteurs. Depuis l’enfance, son rêve a été de collaborer à un journal : il s’est réalisé dans le cadre du Graap. Sylvie Trolliet a animé pendant deux ans les groupes d’écriture en collaboration avec André et Raymond-Victor. Elle est aussi conteuse depuis une vingtaine d’années et a animé un groupe de contes dans le cadre du Graap. En collaboration avec le groupe Animation, elle a lu ses textes dans le cadre des Congrès du Graap, été Cheffe de Projet pour le Congrès sur les Troubles de la Personnalité Etats Limites à Prangins. Les valeurs qui comptent pour elle sont l’amour, l’amitié, la solidarité. Elle attache un grand prix au développement de la personne, ainsi qu’à la beauté sous toutes ses formes. Sa passion est l’écriture.

 

Le texte qui suit a été écrit dans le cadre d’un atelier d’écriture (8 février 2000 – Thèmes à choix: Ascension, descente – Violence et non-violence – L’arbre). Il a été relu et modifié par son auteur en 2008.

 

L’arbre

L’arbre de ma vie est touffu et généreux. Il pousse dans un beau jardin depuis ma tendre enfance. Il a été planté et soigné par mon père et par ma mère, et par tous les oncles, tantes, cousins, maîtres et maîtresses d’école qui se sont occupés de moi. Il a fait des petites pousses vertes et il s’est élevé vers le soleil.

 

Mon arbre a des cicatrices, qui proviennent de l’enfance. Elles recouvrent de profondes blessures, dues à des abus sexuels répétés. L’arbre s’est un peu tordu pour les cacher, il a formé sur la plaie une croûte épaisse et dure. Il s’est rigidifié, fermé aux autres arbres et au monde. Mais l’amour de la nature et du beau jardin ne l’ont pas quitté. Il a continué à faire des pousses vertes et à s’élever vers le soleil. Oh mon arbre, que tu es vivant. Je viens souvent m’appuyer à ton tronc, m’abreuver à la sève de tes racines. Tu sens bon la terre et le bois, surtout quand il a plu. J’aime caresser ton écorce, passer mon doigt autour des cicatrices.

 

A l’âge adulte, les blessures n’ont pas manqué : les abandons très mal supportés, les histoires d’amour avortées, l’enfant auquel a fallu renoncer, la maladie coup de tonnerre de la folie, les lentes et douloureuses descentes, les hallucinations, l’hôpital. A chaque fois l’impression de tout perdre, de tout devoir recommencer.

 

Mais dans un certain sens la maladie a été une chance. L’arbre a continué à croître. Il a poussé vers d’autres domaines que l’intellect, vers le sensible, vers la création. Il a continué d’aimer le jardin, et il s’est mis à l’écrire, à le dessiner.

 

L’arbre aime lire aussi. Il tourne les grandes pages de la nature et penche la tête, pensif, heureux.

 

Et puis il y a eu les années de guérison. La lente acceptation, la remontée. L’horrible plaie de l’enfance a été débridée, désinfectée. A travers de terribles souffrances, elle a commencé à guérir.

 

L’arbre est toujours un peu tordu, mais il n’est plus rigide. Il est couvert de feuilles et de fruits. Il s’ouvre au monde et aux autres. Il continue à pousser, à s’élever vers le soleil.

 

Sylvie Trolliet

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