De la dépression au GRAAP

De la dépression au GRAAP

 

Comme certains d’entre vous, j’ai également souffert de dépression. Cela a commencé à se manifester vers l’âge de 23-24 ans. Mariée et enceinte, je n’ai pas supporté la grossesse. J’étais très euphorique et je n’avais plus les pieds sur terre, à tel point que j’ai dû subir un avortement. C’était terrible, et c’est de là que date ma première dépression. J’étais révoltée, j’en étais venue à détester tous les bébés et parfois j’aurais été peut-être jusqu’à en tuer un tellement j’étais blessée. On m’avait enlevé une partie de moi-même. Mais petit à petit, grâce à l’amour de mon mari, puis également le fait que nous ayons pris un chien, j’ai remonté peu à peu la pente et finalement accepté de ne jamais avoir d’enfant. Mais malgré tout, depuis cette période, j’atterrissais tous les deux ans à l’hôpital. Cela se passait ainsi: sans savoir exactement pourquoi, je perdais confiance en moi, je commençais à avoir des angoisses, je ne dormais plus, je n’arrivais plus à me concentrer.

Je me dévalorisais, j’avais des idées fixes. J’étais à un tel point perturbée que, par exemple, je devenais incapable de couler un café pour le repas du soir. J’étais désespérée. J’ai également fait trois tentatives de suicide. La première fois, persuadée que je ne valais plus rien et que mon mari ne m’aimait plus, j’ai avalé une trentaine de Nosinan et deux-trois verres d’alcool de pommes. C’était le matin où j’avais rendez-vous à Cery avec la psychiatre qui me suivait. J’ai naturellement manqué volontairement le rendez-vous. La psy voyant que je n’étais pas présente a téléphoné à mon mari qui est arrivé chez nous. Je lui ai expliqué ce qui était arrivé. J’ai été conduite au CHUV, j’ai eu un lavage d’estomac, puis j’ai été pendant un jour aux soins intensifs et après, à nouveau, hospitalisée à Cery où j’ai été bien soignée. Quand je n’avais pas le moral, je remettais tout en question: notre couple, ma vie, le sens de la vie. Comme je crois en Dieu, je suis sûre que cela m’a beaucoup aidée.

J’ai habité Prilly pendant onze ans. Puis mon mari et moi avons déménagé. On avait décidé d’oublier le passé et de repartir à zéro. Mais au bout de quelques mois, j’étais à nouveau hospitalisée, à Nant cette fois. Là-bas, mon mari ne venait pas souvent me trouver. Il souffrait trop de me voir malade.

Ma troisième tentative de suicide aurait pu être fatale. J’étais en pyjama, j’ai rempli d’eau la baignoire, je me suis assise dans l’eau avec le foehn que j’avais enclenché auparavant. J’ai bien ressenti une petite secousse, mais c’est tout. Là j’ai vraiment compris que Dieu avait veillé sur moi. J’ai dû tout de même aller une fois de plus à l’hôpital. Avec mon mari, nous avons entamé une psychothérapie de couple. Je ne crois pas que cela nous ait apporté grand-chose. Je l’ai ressentie plutôt comme un échec. Mais l’hospitalisation la plus douloureuse fut certainement la dernière en date. Petit à petit, la situation entre mon mari et moi se dégradait. Je l’exaspérais, j’avais peur de lui, il s’est mis à me frapper.

J’avais depuis deux ou trois ans une aide familiale qui venait m’aider au ménage deux fois par semaines. Les derniers temps, j’étais tellement peu bien qu’à 9 heures, lorsqu’elle arrivait, j’étais encore en pyjama. J’avais alors, en plus des visites de l’aide familiale, celle d’un infirmier en psychiatrie et d’un assistant social. Sur les conseils de l’assistant social, à bout, j’ai quitté le domicile conjugal. Là j’ai vraiment touché le fond, les abîmes de la déprime. Tous les jours je pleurais, j’avais les yeux gonflés et rougis, je ne pouvais plus m’arrêter. Mais tout de même, grâce à l’assistant social, au soutien de ma famille, à l’avocat, j’ai trouvé la force d’aménager dans un appartement d’une pièce, au centre du village. Peu de temps après, mon mari et moi avons décidé de reprendre la vie commune. Mais à nouveau j’étais fatiguée, le moral en bas et je ne dormais presque plus. Ce fut l’assistant qui, un matin, m’annonça qu’il fallait m’hospitaliser à Nant. Ce fut très dur. Je ne pouvais pas sortir. J’ai dû apprendre à m’assumer, me responsabiliser, me déplacer par mes propres moyens depuis Nant, en bus, en train. Heureusement j’avais une doctoresse et une ergo-thérapeute qui m’ont beaucoup aidée. Je tiens à les remercier toutes deux particulièrement.

Puis le couperet est tombé. Lors d’une réunion avec les médecins, mon mari avait pris sa décision: il voulait divorcer. J’ai eu beaucoup de peine à accepter ce changement dans ma vie et j’ai été transférée dans une division ouverte où j’ai appris à faire mes premiers pas dans ma nouvelle vie. Petit à petit, j’ai pris de l’assurance, de la confiance en moi. L’hospitalisation aura duré huit mois et demi. A ma sortie d’hôpital, j’ai changé de médicament. Ce changement ne s’est tout de même pas fait sans peine. J’étais angoissée. Ma psy a insisté pour que nous poursuivions le traitement et elle a eu raison, c’est un médicament qui m’assure un confort psychique certain. Voilà… Cela fait maintenant trois ans que je ne suis plus allée à l’hôpital et maintenant un mois et demi que j’ai arrêté de fumer. Quelle victoire!

Le GRAAP m’a beaucoup apporté. J’ai commencé par suivre deux cours de cuisine. J’ai donné de l’importance à mon alimentation car je crois qu’une bonne nourriture fortifie le système nerveux. Ces cours m’ont redonné le goût de vivre et de re-cuisiner de bons petits plats pour moi toute seule. Au GRAAP j’ai trouvé réconfort et gentillesse, un endroit où parler et partager mes problèmes. J’y ai rencontré des personnes disponibles et compétentes qui savent écouter les autres et leur témoigner un peu d’amour. J’ai aussi apprécié de travailler, de m’occuper intelligemment dans les ateliers de bureau et de poterie. Le contact avec la terre me plaît beaucoup et puis j’aime l’ambiance.

Maintenant je travaille au groupe accueil. J’y ai beaucoup de plaisir, je peux moi aussi apprendre à écouter les autres, partager leurs problèmes et aussi leurs joies. Cette activité m’apporte beaucoup de satisfactions et je suis contente d’y participer. Je me sens maintenant en pleine forme et j’ai le sentiment d’avoir récupéré tous mes moyens. Je me sens bien et heureuse de vivre et c’est ce que je souhaite à chacun et chacune d’entre vous.

 

Josette Beyeler

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