Lettre de Hong-Kong

Une lettre de Hong Kong

 

Bonjour! Depuis une demi-heure Hongkong est de retour dans le giron de la Chine. Toutes les radios et les télévisions en parlent, les journaux en font aussi leurs gros titres. Il va de soit que le «Rapporteur» du GRAAP doit en parler aussi.

L’hôpital psychiatrique de Hongkong s’appelle le Kwai Chang Mental Hospital. Les bâtiments sont plus grands que le CHUV à Lausanne. Dans le secteur où j’étais, la «ward M2», nous étions une cinquantaine d’hommes. Devant, une salle de séjour pour toute l’équipe, avec une table de tennis sans raquette ni boule, quelques journaux en chinois et une télévision dans la même langue. Vient un couloir bordé des bureaux médicaux, débouchant sur trois dortoirs sans porte où les lits sont côte à côte. Pas d’armoires. Quand on arrive à l’hôpital, on est inspecté sur tout le corps puis on enfile les habits de l’établissement. Les affaires personnelles sont rendues à la sortie.

Les patients, tous chinois, ont du riz à leurs trois repas quotidiens. Comme Occidental, mon déjeuner était fait de porridge et de fèves. Même qu’une fois, les fèves salées, étaient dans le porridge sucré! Aux deux autres repas, j’avais légumes, viande et pommes de terre. Patates très convoitées… que je me suis une fois fait voler! Les visiteurs peuvent apporter des vivres aux patients. Tout est rangé dans un local et chaque après-midi, on nous met à disposition notre cornet. En soirée, avec la distribution des médicaments de la nuit, on reçoit un bol de lait et une tartine.

L’équipe soignante, infirmiers et docteurs, était en uniformes blancs. Sur leurs boutons dorés figurait une couronne. Eh oui ! Ils étaient comme James Bond: «To Her Majesty Service», au service de Sa Majesté la reine d’Angleterre.

Chaque jour, nous avions une leçon de gymnastique. Pour nous occuper, il n’y avait pas d’ergothérapie, mais de la production «Made in Hongkong»; soit monter des porte-clefs avec Superman, ou encore fixer les tétines de minibiberons. Un petit char de bibliothèque passait parfois. Tous les ouvrages étaient en chinois sauf deux livres. Celui dont je me souviens était un bouquin de photos sur les camions américains. Pas des plus passionnant. Deux ou trois patients jouaient à un jeu chinois de stratégie.

Plusieurs fois par semaine chacun passait au bureau du médecin. De temps à autre, des patients dérangeants étaient attachés sur leur lit avec des bandes d’étoffe. J’y ai aussi eu droit. J’ai même assisté à une «tabassée». Un patient a reçu des coups de poings et des coups de pieds de deux infirmiers, il en est tombé entre deux lits et ne pouvait pas se défendre.

Un des pensionnaires me faisait penser à un oiseau. Il était toujours accroupi. Lors des repas, les infirmiers lui donnaient une cuillère à soupe pleine de médicaments camouflés dans la nourriture. Un autre des malades s’évanouissait régulièrement; alors on se mettait à trois ou quatre et on lui ôtait les vêtements qu’il avait de trop. Il pouvait avoir cinq blouses et huit pantalons, de quoi avoir la circulation coupée!

Personnellement, au début, je refusais de prendre des médicaments. C’est la Consule de Suisse à Hongkong qui m’a demandé de les avaler, sinon cela allait m’être injecté de force. N’étant pas trop courageux face aux piqûres j’ai accepté. Mon rapatriement a été organisé par mes parents venus sur place, avec l’aide précieuse de la REGA, la garde aérienne suisse de sauvetage.

Le plus surprenant dans cette histoire, c’est que mon séjour a été payé par cette chère Elisabeth II, ou plutôt par le contribuable de Hongkong. Tout était pris en charge, les trois jours d’hôpital général, les dix-huit jours à l’hôpital psychiatrique, les médicaments pour faire le pont jusqu’au retour en Suisse. Maintenant, Hongkong retourne à la Chine. Comment seront les soins au Kwai Chang Mental Hospital ? Les dictatures communistes n’étant pas très réputées sur le plan des soins psychiatriques.

Sur ce constat un peu pessimiste, je vous quitte et vous souhaite un bel été.

 

Zài jiàn (Good bye). Michel

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